Implications de la ratification par le Maroc des protocoles facultatifs à deux conventions internationales

Saidagarrach Par: Saida Garrach

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Le Maroc a récemment ratifié les protocoles facultatifs à deux conventions internationales contre la torture et la discrimination entre les sexes. Cela constitue un gain pour la société marocaine en premier lieu, et une culmination de plusieurs années d’efforts fournis par des militants et militantes dans la défense des droits de l’Homme et dans le domaine politique. Ces luttes ont coûté de nombreuses vies, et détruit beaucoup d’autres physiquement et moralement à cause de la torture ; le Maroc a parcouru un long chemin en termes de reddition de comptes et de réconciliation, dans un effort de surmonter ce passé noir.

Cette ratification reflète l’intention du Maroc de tourner une nouvelle page de son histoire, et promouvoir les principes nobles du respect des droits de l’Homme dans leur globalité, profondeur et diversité, au lieu de les réduire à de simples techniques associées d’habitude à certains droits politiques. En effet, la Convention contre la torture criminalise les agressions contre l’intégrité physique et morale des personnes, quelles qu’en soient les sources et raisons, en particulier quand il s’agit d’activisme politique.

La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, quant à elle, met en place des mécanismes assurant l’égalité entre les sexes dans les domaines économique, social, culturel et politique.

Le développement du statut des femmes et les revendications de l’égalité ont émergé en Égypte et en Tunisie au début du siècle dernier, quand Qasim Amin et Tahar Haddad écrivaient activement sur l’importance du développement du statut des femmes dans les sociétés arabo-musulmanes dans le processus du développement global. L’activisme juridique et des droits de l’Homme a émergé en Tunisie, où existe une loi unique concernant les droits des femmes. Cet activisme a atteint le Maroc par la suite, déclenchant une étincelle susceptible d’inspirer d’autres sociétés arabes, et surtout maghrébines, pour rompre avec les attitudes, pratiques et lois qui privent les citoyens de leur citoyenneté et les traitent comme des êtres inférieurs d’une manière qui est incompatible avec les réalisations de l’humanité, et qui ne respecte pas les droits des peuples à la dignité humaine. Le Maroc témoigne depuis des années d’un activisme politique et des droits de l’Homme qui a motivé la quête du changement dans toute la région, et a donné une impulsion à la détermination de ses partisans.

L’Union européenne a accordé le statut de partenaire avancé au Maroc qui cherche à le maintenir. Toutefois, la ratification ne signifie pas forcément une activation effective, complète et concrète de ces protocoles qui peuvent rester une simple déclaration d’intention, nécessitant une nouvelle lutte pour les imposer et les activer. Néanmoins, le Maroc a connu de nombreux mouvements de protestation et de luttes ces dernières années, y compris le printemps des femmes qui est à l’origine de la révision du Code marocain, et le Mouvement du 20 Février ayant des revendications sociales, économiques et politiques. Le Maroc a servi de soupape de sécurité pour les droits de l’Homme et l’activisme politique au Maghreb, en accueillant plusieurs événements organisés par la Coordination Maghrébine des Organisations des Droits de l’Homme, le Forum Social Maghrébin, Collectif 95 Maghreb Egalité, la Coordination de l’Immigration, et la coordination maghrébine des syndicats – surtout les indépendants -, ainsi que d’autres événements qui étaient impossibles à organiser en Tunisie, en Algérie, en Mauritanie ou en Libye.

Le Maroc commence à récolter les fruits de cet élan d’activisme des droits de l’Homme qui aura un impact significatif sur ses voisins, étant donné la manière dont sa structure, ses tendances, ses objectifs et sa capacité de coordination sont étroitement liés. Cet activisme est devenu un pilier pour toutes les structures, en se basant sur la conscience populaire du besoin d’un espace maghrébin commun ayant la même finalité et le même destin, et sur la possibilité de créer un Maghreb uni préservant la dignité de son peuple dans ce contexte marqué par la popularité des blocs régionaux et la domination de la politique de polarisation unique.

Par ailleurs, le paysage politique de la région pourrait subir des changements substantiels et profonds dans le sillage de la révolution tunisienne et les protestations et quêtes de liberté qu’elle a suscité dans de nombreux pays arabes. Les événements actuels en Libye – ce pays important du Maghreb – nécessitent la coordination plus que jamais, afin de renforcer la structure des droits de l’Homme et contrôler les violations. C’est incompréhensible de témoigner de violations des droits de l’Homme après les révolutions qui visaient en premier lieu à libérer les peuples.

Les destins interdépendants et les fins et intérêts communs transforment toute victoire maghrébine en une forme de soutien et de motivation pour le reste du Maghreb.

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