Service de Magharebia
Par: Abdelaziz Karraky

La presse libre est considérée aujourd’hui comme l’un des plus prestigieux types de la liberté d’expression, et un élément indissociable de la vraie démocratie, car elle transmet les nouvelles aux citoyens, et les aide à formuler des opinions sur toutes les questions fondamentales touchant la gestion des affaires publiques. Par conséquent, la presse libre est un outil indispensable pour toutes les sociétés, en particulier celles qui vivent une transition démocratique et qui encouragent la promotion des droits de l’Homme.
C’est probablement pour cette raison que la communauté internationale consacre une journée mondiale à la liberté de presse, le 3 mai de chaque année. Toutefois, le Maghreb connaît actuellement une disparité significative dans ce domaine, et la presse y fait souvent l’objet d’harcèlement dont le degré varie d’un pays à l’autre, et de plusieurs sanctions, y compris la mort, l’emprisonnement, l’exil et autres types de souffrances que les journalistes endurent dans la région. En effet, le degré liberté de presse augmente ou diminue en fonction des circonstances politiques, et de la nature du régime politique en place. Quels sont donc les piliers de la promotion d’une presse libre dans la région maghrébine ?
Premièrement : La promotion des valeurs de liberté et une vraie reconnaissance de l’indépendance des individus, en adoptant une législation qui leur offre des garanties réelles contre la tyrannie individuelle et collective ; cette mesure exige de la société de réhabiliter les individus à travers la socialisation, et leur permettre d’exercer leurs libertés avec un certain degré de responsabilité.
Deuxièmement : L’établissement d’un arsenal juridique qui reconnaît le droit d’accès à l’information de tous types, et qui le réglemente sur la base de règles précises soumises à une bonne gouvernance, permettant aux journalistes de poursuivre juridiquement tous les départements ou autorités qui bloquent des informations qui pourraient leur causer une obstruction professionnelle. Cette initiative vise à aider les journalistes à éviter certains dérapages qui pourraient être éventuellement causés par la rareté de l’information ou la propagation de rumeurs, et les protéger de certains organismes qui utilisent l’information comme une arme en cas de besoin.
Troisièmement : La création d’un système judiciaire indépendant et impartial qui aiderait ceux qui pensent que leur vie privée, ou l’une de leurs libertés, ont été violées, que ce soit par la presse, ou tout autre organisme ; ainsi que l’établissement d’un système judiciaire spécialisé dans les délits liés à la presse. Les journalistes peuvent également recourir à ce système judiciaire s’ils souffrent d’harcèlement lié à l’exercice de leurs fonctions. En dehors de ce système judiciaire, aucune autre autorité ne devrait être autorisée à intervenir ou à restreindre la pratique du journalisme.
Quatrièmement : La création d’une charte morale pour gouverner la pratique journalistique. Quand les journalistes ne peuvent pas pratiquer leur métier dans des conditions saines, ils peuvent être soumis à des tentations de toutes sortes ; s’ils acceptent ces tentations, ils s’écarteront du droit chemin. D’où la nécessité d’adopter des éthiques particulières sanctifiant la profession et la considérant comme un mécanisme entre les mains de la communauté, et à travers lequel les dictateurs et les corrompus peuvent être démasqués.
Beaucoup de gens pourraient se plaindre du métier des journalistes, mais ils doivent comprendre que – comme l’a dit Alexis de Tocqueville dans son livre " La démocratie en Amérique " -, la presse fait moins de mal qu’elle n’en élimine.
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Vos commentaires
commentsAnonyme Il y a plus de 2 ans
J’ai bien aimé votre article pour une raison particulière, étant qu’il donne le droit aux journalistes de recourir à la justice s’ils souffrent de circonstances qui affectent l’exercice de leur profession. En fait, vous pensez qu’une telle chose est possible dans les pays du Maghreb arabe, et que le pouvoir judiciaire peut décider qu’une certaine organisation soit dans l’obligation de permettre à un journaliste d’obtenir une information quelconque, comme c’est arrivé aux États-Unis à l’Associated Press qui avait déposé une plainte pour obtenir des informations sur le Guantanamo, et le tribunal a jugé en son faveur ? Nous ne perdrons rien avec des vœux pieux, attendons donc que le temps juge si cela est possible.
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Anonyme Il y a plus de 2 ans
Mr le professeur,
La question de la liberté de presse dans les pays pauvre ou en voie de développement est très délicate est demande beaucoup de prudence et de clairvoyance. Cette liberté dans ces pays doit être liée à la liberté totale de toute dépendance surtout politique, et pour juger que dans un tel ou tel pays la presse est libre il faut prendre en considération sa stabilité politique et la place de ses partis politiques(PP) au sein de son gouvernement et au sein de sa société.
Certaines presses sont crées par des PP qui ont du poids dans la société et dans la vie politique, et naturellement ce genre de presse peut jouir d’une liberté inconditionnel par- rapport aux autres qui sont neutre ou qui ont une propagation limitée, et même en établissant un arsenal juridique comme vous le suggérez, il peut y avoir des violations et des abus.
En ce qui conçerne l’accès à l’information, n’oublions pas que comme il y’a des droits il y’a des obligations, dans certaines cas cet accès est limité ou interdit pour des raisons de sûreté national interne ou externe, ou pour des raisons de confidentialités professionnelles au niveau de certains secteurs ou de certaines établissements publiques ou privée, ou certaines professions, et ceci est légitime au niveau de leurs lois et règlements. Comme vous voyez cette problématique est très délicate, et c’est le citoyen dans tous les cas qui est perdant, tout devient pour lui flou, et la vérité est perdue dans de telles atmosphères.Maya
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Anonyme Il y a plus de 2 ans
J’ai beaucoup admirer votre façon d’analyser les choses sur le plan théorique malheureusement ce n’est pas toujours le cas sur le plan de la pratique, car la réalité des pays du Maghreb est un peu complexe, et je crois que tant que la bonne gouvernance ne règne pas dans la gestion de la chose publique la presse sera fragile, et elle sera affronter fréquemment à des groupes qui monopolisent la richesse et le pouvoir, chose qui rime avec un manque de transparence or que celle-ci est vraiment importante pour l’existence d’une presse libre
Denis KRAMER
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Anonyme Il y a plus de 2 ans
J’ai souvent suivi les débats sur l’éthique du journalisme. En fait, cela m’a l’air d’une sorte d’absurdité sans précédent. Est-ce logique que les gens aient besoin d’une charte morale alors que des textes de loi efficaces existent déjà ? Je pense que la revendication d’une charte morale signifie que les journalistes sont à la recherche d’un statut qui les mettrait au-dessus de la loi. Certains journalistes vont jusqu’à dire que les règles auxquelles ils sont soumis doivent être établies par eux mêmes. Je ne sais pas, cela peut-il résister à l’Etat de droit et des institutions ? Par conséquent, le droit est la seule Charte sainte qui devrait être au dessus de tous sans aucune exception. El-Mekki El Bidaoui.
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Anonyme Il y a plus de 2 ans
L’exercice de la liberté est la vraie problématique dont souffrent les sociétés arabes. Si les sociétés avaient parfaitement rempli leurs rôles dans le processus de socialisation, nous n’aurions pas atteint ce niveau de vulnérabilité quant à l’exercice des libertés en général, ce qui exige la mise en question de la société. Les journalistes sont avant tout des citoyens appartenant à un environnement spécifique, et ils ont été élevés dans une société qui possède sa propre vision de la liberté; cette vision grandit avec eux, et gouverne leurs comportements et leurs pratiques. Très peu de gens ont la capacité de s’auto-évaluer de façon continue, comme un outil essentiel à l’exercice de la liberté. Je suis persuadé que bon nombre des problèmes auxquels font face les sociétés du Maghreb sont liés aux représentations de la liberté qui gouvernent les comportements et les actions. La relation avec la loi, d’autre part, se distingue aussi dans cette vision, car dans une société qui ne peut pas réglementer l’exercice des libertés, les individus ressentent le désir effréné d’acquérir l’autorité afin qu’ils puissent contourner les lois ; les gens se trouvent donc en compétition dans la recherche de mécanismes leur permettant de ne pas se soumettre à la loi, et cela en soi est un véritable dilemme, car les gens commencent à penser que la liberté et le pouvoir sont synonymes de non-soumission à la loi, tandis que la liberté responsable exige que les individus se soumettent à la loi en tant que mécanisme de réglementation des libertés, et c’est là le dilemme.
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Anonyme Il y a plus de 2 ans
Bonsoir, Je ne sais pas de quoi vous parlez. Vous appelez la presse que nous avons dans le Maghreb une presse ? Peut-elle être comparée à la presse dans les pays développés où elle est soumise à la formation et au professionnalisme, alors que pour nous, il s’agit juste de quelques journalistes qui gagnent leur vie en remâchant ce que les agences d’informations internationales et nationales produisent, en manquant gravement de créativité, et ne travaillant pas dur pour rechercher des nouvelles ? C’est ça la presse libre et indépendante. En ce qui concerne ce que nous avons, c’est juste une phase de pré-presse; attendons donc demain, car ça pourrait nous apporter une presse libre, indépendante, impartiale et responsable. Al-Maati Bomenjel.
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