Constitutionaliser la liberté de croyance est essentiel pour garantir les libertés religieuses

Said_lakhal Par: Said Elakhal

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Les libertés religieuses ont été l’objet davantage de restrictions dans les communautés maghrébines ces dernières années, reflétant le degré et le niveau de pression exercée par les mouvements politiques islamiques dans chacun des pays du Maghreb.

Etant donné que ces mouvements islamistes ciblent les systèmes politiques au pouvoir et cherchent à les balancer en remettant en cause leur légitimité, ils fournissent de gros efforts pour mobiliser de grands nombres de personnes afin de les soutenir pour mettre plus de pression sur les systèmes gouvernants, soit pour les affaiblir dans le but d’organiser un coup d’Etat contre eux par la suite et établir de nouveaux systèmes politiques avec des noms tels que " califat islamique ", " système islamique ", ou " Etat de califat ", etc. ; ou pour forcer les systèmes au pouvoir à régler les " problèmes islamiques " de l’angle que ces mouvements religieux veulent. À la lumière de la lutte pour la légitimité entre les mouvements islamistes et les régimes au pouvoir, la concurrence devient de plus en plus acharnée sur l’affection et le bagage émotionnel du peuple, et chacune des deux parties essaie d’exploiter la religion pour ses propres intérêts.

Les mouvements islamistes se présentent comme les gardiens de la religion qui veillent à appliquer ses enseignements, et se veulent même comme des représentants de Dieu en termes de gestion des affaires religieuses et quotidiennes de ses créatures à travers l’application de sa législation ; tandis que les régimes au pouvoir, à la lumière des conflits politiques et sociaux, veillent à persuader les citoyens que les questions religieuses sont une partie intégrante de leur travail, si elles ne sont pas l’une de leurs préoccupations prioritaires. Dans ce contexte, vient l’exemple de la campagne des autorités algériennes contre les missionnaires chrétiens lorsque le ministre des affaires religieuses, Abdullah Abu Ghulam Allah, les a accusé d’infiltration et les a qualifiés d’" infiltrés qui cherchent à démolir et à démembrer la société algérienne, tout comme les terroristes ". Il a également incité l’ensemble des citoyens contre les missionnaires, en affirmant que " les néo-évangélistes se sont infiltrés dans la communauté ne visant qu’à la ruiner et la déchirer, ce qui nécessite de leur faire face et de les combattre sans relâche. "

Le ministre des affaires religieuses n’a fait que refléter la politique du gouvernement auquel il appartient, et qui poursuit les missionnaires judiciairement, comme a été le cas de Mme Habiba Kouider et les autres, ou les expulse de l’Algérie conformément à la loi émise par le gouvernement en Février 2006. Le gouvernement algérien est contraint de pratiquer de tels harcèlements à l’égard des missionnaires pour ne pas laisser aux islamistes l’opportunité de l’accuser de ne pas protéger la religion. Le reste des pays du Maghreb arabe ne dérogent pas à la règle en termes de répression des missionnaires chrétiens. Il convient de noter que les peuples maghrébins ont coexisté pendant des siècles avec les autres religions monothéistes notamment juive et chrétienne.

Les quartiers de " Mellah " existent encore dans de nombreuses villes marocaines, par exemple, racontant l’histoire de coexistence entre les juifs marocains et les citoyens musulmans. Cette coexistence est le fruit de la culture authentique du peuple du Maroc et du Maghreb en général. La monarchie marocaine n’a pas de position ségrégationniste contre les citoyens juifs, il les a même intégrés dans l’État, comme en témoigne la nomination par le roi Mohammed VI d’un conseiller juif, André Azoulay. Le roi garde Azoulay parmi son personnel, malgré l’hostilité exprimée par les islamistes envers le conseiller ; les islamistes n’hésitent effectivement pas à exprimer leurs sentiments envers Azoulay chaque fois qu’ils ont en l’occasion, en utilisant le slogan obscène : " Quelle honte ! Le conseiller royal est un Juif !", comme si les citoyens juifs n’avaient pas droit à la citoyenneté. Afin de surmonter ces restrictions sur les libertés religieuses auxquelles les gouvernements du Maghreb recourent en vue de rivaliser avec les islamistes dans la " protection de la religion ", et pour couper court à l’exploitation des organisations islamistes du bagage émotif des citoyens qu’elles essaient de persuader que l’Islam est menacé par les campagnes des missionnaires ; les gouvernements maghrébins doivent appliquer les mesures suivantes :

1)- Créer un texte constitutionnel explicite qui garantit la liberté de croyance de tous les citoyens, ainsi que la protection des libertés religieuses des minorités.

2)- Protéger les lieux de culte de tout assaut ou violation, et les inclure dans le champ d’application du ministère des affaires religieuses pour bénéficier du budget de ce secteur gouvernemental tant en termes de restauration que d’équipement.

3)- Adopter les jurisprudences qui respectent les personnes appartenant aux religions monothéistes, et qui n’attaquent pas leurs croyances, et qui ne les accusent pas de blasphème et d’égarement dans les programmes médiatiques, éducationnels et religieux, ainsi que dans les sermons du vendredi.

4)- Créer des lois qui punissent quiconque attaque les croyances monothéistes ou incite les gens contre les adeptes de ces croyances, de n’importe quelle religion.

5)- Abroger les dispositions légales qui limitent la liberté de croyance, et qui sont incompatibles avec les chartes et pactes internationaux sur les droits de l’Homme.

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