Service de Magharebia
Par: Iqbal Al Gharbi

Le Maghreb est riche d’une grande diversité culturelle, legs d’invasion et de conquêtes multiples romaine, arabe, ottomane et européenne. En outre, son patrimoine s’est enrichi grâce à la mobilité des commerçants et à la facilité des échanges dans ce carrefour stratégique. Ceci s’est concrétisé par la présence de nombreuses minorités, religieuses, linguistiques ; communautés florissantes et bien insérées, car pratiquant souvent la même langue et ayant la même culture : Minorités chrétiennes et juives dans les grandes villes du Maghreb, populations imazigh/Amazigh/Imazighen au Maroc, dans la petite et la grande Kabylie et dans le sud tunisien. Collectivités Ibadites, au Mzab en Algérie, à Djerba en Tunisie, et dans le djebel Nefoussa en Libye.
Durant la période des luttes nationales, et en voulant se démarquer du colonisateur, les élites locales ont tenté de se reconstruire une identité collective se basant sur l’islam et sur la langue arabe. La lutte anticoloniale s’est fondée sur l’islam. Et ce dernier a été associé à la résistance et à la reconquête identitaire patriotique.
Au lendemain des indépendances, et bien que les pouvoirs en place ont, tous, réclamé leur adhésion à la modernité technique, à la francophonie et à l’occident, l’islam est demeuré dans tout le Maghreb la seule religion constitutionnelle. Tous les régimes maghrébins, en quête de légitimité, ont souhaité l’émergence d’une nation avec une homogénéité religieuse et linguistique supposée pour construire, consolider l’Etat, et lui fournir une solide idéologie.
Ces dernières années l’activisme social et politique des nouvelles minorités religieuses du Maghreb témoigne d’une mutation survenue sous l’impulsion de plusieurs facteurs. La mondialisation, la libre circulations de l’information, la culture des droits de l’Homme, « la démocratisation de l’écrit », selon les termes de Jacques Berque qui a permis l’accès des profanes aux grands textes sacrés, la volonté de visibilité ont touché en profondeur la prédominance du paradigme « musulman sunnite malékite » au Maghreb.
Aujourd’hui, si le catholicisme a adopté une démarche plus prudente à l’égard de l’activité missionnaire, certaines branches du protestantisme qui disposent de moyens puissants font preuve d’un dynamisme tous azimuts dans la région. En outre, et selon le département d’Etat américain, des milliers de maghrébins se convertissent au chiisme. Quant au wahabisme, sa fulgurante expansion est due à l’impulsion de l’islamisme politique et à la propagande des médias orientaux.
Ainsi, un nouveau profil religieux émerge au Maghreb et crée un désordre dans l’identité religieuse de ses sociétés. Cette nouvelle donne suscite des questionnements et exige de la part des élites maghrébines des réponses appropriées aux données nouvelles des temps présents, et dans une perspective conforme à l’esprit d’ouverture et à l’éthique de tolérance, de démocratie et de laïcité.
L’émergence de nouveaux courants religieux rompt avec l’uniformisation et peut s’avérer utile à la création d’un débat sur les problématiques contemporaines de l’islam en ce qui concerne la liberté religieuse ou la sécularisation. La mise en discussion de points de vue différents et l’encouragement au débat ouvert, « public », a de tout temps, permis de répondre à certaines carences des sociétés humaines à condition qu’un élargissement concret de la sphère publique ait lieu dans la région. La liberté de conscience qui constitue l’une des valeurs fondamentales de la modernité et des droits de l’Homme qui permet à l’individu de croire ou de ne pas croire, ou de choisir sa religion sans risquer d’être poursuivi, banni, ou menacé dans son intégrité physique ou morale doit être au centre de ce débat ouvert.
Vos commentaires
commentsAnonyme Depuis 10 mois il y a
Je plaisante, mais ce n’est pas un bon site mdr.
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