La prémisse d'un siège africain au Conseil de Sécurité est difficile à réaliser

Zghidi_salah-250 Par: Salah Zeghidi

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Les attitudes et les pratiques du Colonel Kadhafi suscitent toujours beaucoup de réactions tendues et ironiques, et son style de gouvernance provoque la surprise et l’étonnement. En fait, Kadhafi est le seul dirigeant au monde à avoir gouverné un pays individuellement pendant 40 ans, tout en prétendant être un leader de révolution plutôt qu’un chef d’Etat.

C’est le même homme qui a récemment appelé à déchirer la Charte des Nations Unies sur le pupitre onusien… Et puisque il se considère comme l’unique leader de l’Afrique (après avoir renoncé récemment à son ambition de réaliser une unité arabe qui n’est plus en ligne avec ses buts), il a soulevé dans son discours vibrant la nécessité de reconnaître l’Afrique en tant qu’un continent important et une force émergente, et lui accorder un siège permanent au Conseil de Sécurité tout comme les cinq membres permanents : la Chine, la Russie, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne…

En réalité, cette demande semble raisonnable vue l’importante population de l’Afrique et son poids géopolitique. Ce continent compte plusieurs dizaines de pays au nord et au sud du Sahara, et possède des richesses considérables en termes de pétrole, de gaz et des ressources minérales… Toutefois, la « logique » apparente de cette demande n’est pas suffisante pour lui conférer légitimité et crédibilité… Ce genre de demandes nécessite l’acceptation de la logique qui stipule que la représentation au sein du Conseil de Sécurité devrait être basée sur les continents, et non pas sur les États nationaux ; chose qui n’est entièrement réalisable.

Le concept de représentation est purement politique, et repose sur l’existence d’un État souverain, tandis que le continent n’a pas d’existence politique ni même de corps économique, et il n’y a pas de " souveraineté continentale " pour permettre à un continent de disposer d’un siège au Conseil de Sécurité… La vérité est que le Colonel Kadhafi est victime de son propre rêve africain, qui reste latent en dépit des milliards de dollars qu’il dépense pour attirer les chefs d’État africains qui se rendent régulièrement à Tripoli pour signer sur les « régulations » de l’Union Africaine, son « gouvernement », « parlement » et divers « corps ». Ces dirigeants africains oublient toutes ces résolutions superficielles avant même d’arriver sur les territoires de leurs pays respectifs.

A quel point l’Afrique est-elle loin d’être unie et de s’adresser au monde et traiter les enjeux mondiaux avec une seule voix africaine ? Quelle représentation africaine unifiée peut-on avoir pour un continent qui compte encore beaucoup de pays (Soudan, Kenya, Congo, Zimbabwe, République centrale africaine, Rwanda, Burundi, Tchad, etc.) qui font face aux défis de l’édification nationale et qui essaient de surmonter les conflits tribaux ou ethniques chaque jour ? Kadhafi devrait suivre l’exemple de l’Europe qui a pris des pas de géant dans le sens de l’unité et même de l’intégration, sans toutefois unifier sa politique extérieure et la façon dont elle traite des problèmes mondiaux majeurs…

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