Service de Magharebia
Par: Saloua Charfi

En Tunisie, après la rupture du jeûne, les rues demeurent désespérément vides pendant près de deux heures, temps consacré aux deux feuilletons nationaux. Il en a souvent été ainsi au mois de ramadan. La chaîne nationale l’emportait sur ses concurrentes du Moyen-Orient.
Cependant depuis ramadan dernier et celui de cette année on a remarqué un engouement particulier des jeunes pour la chaîne officielle. Les rendez-vous pour les sorties sont fixés pour “après le feuilleton”.
Ils estiment que, pour une fois, la fiction tient la route car proche de la réalité locale, le jeu est bon, et la langue de bois n’est pas de mise. Il faut dire que notre chaîne a mis le paquet en enrôlant Mohamed Idriss, célèbre acteur de théâtre traditionnellement anti-TV, et l’actrice d’origine tunisienne Hind Sabri, une vedette de la jeune génération du cinéma égyptien.
L’effort est payant pour la TV nationale, on n’a jamais vu autant de publicité.
Mais s’agit t-il uniquement de gain, ou bien d’une stratégie pour réinsérer les jeunes dans leur culture nationale et éviter les dangers des pièges idéologiques tendus par les chaînes arabes privées sous formes de discours religieux ?
Peu importe les véritables objectifs car on n’atteint pas un but en œuvrant stratégiquement un mois sur 12, et 2 heures sur 24.
Pour ramadan par exemple, on ne compte pas moins de 9 émissions religieuses promettant le paradis clé en main sur une chaîne arabe se présentant pourtant d’informations générales. Les chaînes proprement religieuses ont fait plus en engageant de séduisantes jeunes femmes pour les prêches.
C’est dire que les feuilletons mis à part, les tunisiens auront du mal à ne pas zapper vers leur chaîne orientale favorite.
Le problème aussi, c’est que la soirée de l’Aïd dépassée, nos jeunes, selon la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent, retourneront à leurs anciennes amours, soit vers les chaînes françaises, soit vers Al Jazeera, Ikra, Al Fajr et consœurs.
Car même l’effort effectué par les médias tunisiens, en cours d’année, au niveau du discours religieux, moins officiel et présenté par de jeunes animateurs, n’a réussi à attirer que ceux qui n’ont pas le choix, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas la parabole.
Les responsables de la politique médiatique sont pourtant conscients du danger des images venant du ciel, mais jusqu’ici ils continuent à prendre conseil auprès de la vieille garde. Les partis politiques et les ONG ne sont pas consultés. Pire, on fait appel à des non-tunisiens, pour mettre au point les stratégies médiatiques, comme ce fut le cas pour la chaîne officielle.