Service de Magharebia
Par: Abdelaziz Karraky

L’un des événement qui a provoqué beaucoup de spectateurs à travers le monde entier cet été est sans doute la diffusion par les chaînes de télévision en Libye des images du citoyen libyen Abdel Baset al-Megrahi, l’accusé du bombardement de l’avion Pan Am américain sur le village écossais de Lockerbie, descendant de l’avion dans une atmosphère jubilatoire, après sa libération par les autorités écossaises pour des raisons purement humanitaires.
Ces images ont constitué une source de provocation pour beaucoup de gens autour du monde, non pas à cause de la libération elle-même, mais plutôt à cause de la réception jubilatoire réservée à al-Megrahi. Toutefois, cela devient parfaitement compréhensible quand on sait que les régimes politiques profitent souvent de ce genre d’occasions pour accroître leur légitimité à travers des événements qui sont transformés en célébrations populaires urgentes, dont l’autorité politique est le seul bénéficiaire. Cela permet souvent de transformer les défaites en victoires, et faire des échecs complets des épopées historiques. Quant au prix de cela, il est, bien sûr, sans importance.
Revenons aux familles des victimes. Il est très difficile d’imaginer les sentiments qu’ils ont eus en voyant al-Megrahi entouré d’une foule immense, et l’atmosphère de joie qui régnait dans l’aéroport libyen. Quand elles ont été informées que l’acte a été accompli par des mains humaines, ils ont appelé à l’application de la loi et au rétablissement des droits, par l’introduction des auteurs de l’attentat en justice, tout en sachant que même les châtiments les plus extrêmes ne rendraient pas la vie aux victimes perdues. L’affaire Lockerbie était entourée par beaucoup de mystères. Elle est passée via le Conseil de sécurité, et a été soumise à de nombreux accords, jusqu’à ce qu’elle fut finalement résolue par la paiement d’une compensation financière considérable aux victimes, et l’introduction de deux personnes accusées d’avoir tué 270 personnes en justice. L’une des deux a été acquittée plus tard, tandis que l’autre a été condamnée par un système judicaire neutre accepté par la Libye. De nombreuses personnes peuvent croire que la justice n’a pas été accomplie vu qu’al-Megrahi est libre aujourd’hui et qu’il a regagné son pays où il a été reçu en héro. Toutefois, ce genre de pensées réduit la notion de la justice tout entière à un désir de vengeance. Cette pratique prévalait dans le passé, lorsque la victime pouvait exiger sa revanche de l’agresseur, mais les religions divines ont atténué cela après avoir relevé le niveau intellectuel de l’Homme. La justice est devenue donc une notion abstraite qui nous permet de transformer l’agression contre le corps humain en une compensation financière que la victime reçoit pour remédier aux dommages qu’elle a subite. Cela a été presque le cas dans l’affaire Lockerbie.
Revenons encore une fois à al-Megrahi. Si nous contemplons soigneusement sa libération, nous trouverons qu’il s’agit d’un cas parfaitement humanitaire. Celui qui a pris cette décision sait très bien que la logique de la justice est dictée et imposée par les principes humanitaires. Ce sont les mêmes principes qui dictent que les demandes de toute personne mourante doivent être respectées. Cependant, il y a une grande différence entre ceux qui ont une vision humanitaire noble, et ceux qui cherchent à s’en servir politiquement pour leur glorification personnelle.
Vos commentaires
commentsAnonyme Depuis plus de 2 ans il y a
Bonjour professeur. Je ne suis pas d’accord avec vous cette fois sur les idées que vous avez avancées concernant la libération du citoyen libyen. La question n’est pas liée à ce que vous avez mentionné au sujet de l’enrichissement de la légalité du système politique; l’affaire a une autre dimension. Je pense que vous savez très bien que toutes les affaires qui passent par le Conseil de Sécurité ont deux facettes: une facette visible qui est dite avoir pour objectif le maintien de la paix et de la sécurité au monde; et une facette cachée qui défend les intérêts des membres permanents du Conseil de Sécurité, et où les négociations secrètes sont menées et les concessions sont faites. L’affaire Lockerbie avait suivi le même chemin, et j’insiste que l’occident n’a aucun droit de se prononcer sur la libération d’al-Megrahi, parce qu’il avait accepté le principe d’indemnisation en premier lieu, et donc la question est terminée de ce côté. D’autre part, le peuple libyen a le droit de célébrer le retour de l’un des leurs, surtout à la lumière d’un sentiment généralisé d’injustice considérant que la Libye avait été entraînée dans cette affaire, alors qu’elle n’avait rien à voir du tout avec l’attentat du Pan Am.
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