Service de Magharebia

Dans les sociétés démocratiques, les élections sont des étapes cruciales de la vie politique, en ce qu’elles soulignent la pérennité et la robustesse de la nature démocratique de ces régimes. Les élections sont aussi pour les citoyens concernés le moyen de partager le pouvoir, en leur permettant de changer de dirigeants.
Au Maghreb, 2009 aura été une année d’élections – en Algérie (avec l’élection présidentielle du mois d’avril, à l’issue de laquelle le Président Bouteflika a été réélu pour un troisième mandat), en Mauritanie (élection présidentielle), en Tunisie (scrutin présidentiel et législatif simultané), et au Maroc (élections municipales).
Il va sans dire que ces élections sont radicalement différentes de celles décrites au début de ce propos. Les régimes politiques en place dans la région s’appuient sur la stabilité de leur légitimité et sur la nature incontestable de leur représentation de leurs nations. Ces élections deviennent alors une simple procédure “administrative” qui permet à l’autorité en place de réaffirmer sa légitimité sur les masses, de réorganiser la hiérarchie interne de l’autorité ou du parti dirigeant, et de mettre en place de nouveaux équilibres des pouvoirs entre les différents acteurs essentiels : le Palais / le gouvernement / les partis / le parlement, l’armée / le gouvernement / les partis, etc. C’est un état de fait qui persiste depuis des décennies, avec quelques variantes d’un pays à un autre et d’une époque à une autre.
Cela soulève la question de savoir combien de temps cela va encore durer, à une époque où le monde assiste à un mouvement de grande ampleur en faveur de la mise en place et de l’extension des pratiques démocratiques. Comment passer de régimes autoritaires / despotiques à des pratiques démocratiques / patriotiques ? D’élections administratives / pro forma à des élections civiques / libres ?
Les choses semblent très complexes et malheureusement, le futur proche ne paraît pouvoir apporter aucun motif d’optimisme. Cette complexité réside dans le fait que la culture de la démocratie, et des valeurs qui en constituent l’essence-même, n’est pas enracinée dans les pays de la région, pas plus que dans n’importe quelle région où prévaut une culture islamique. Selon la culture islamique, la religion joue un rôle dans la sphère politique. En fait, État et politique sont là pour servir la religion, ainsi que la législation et l’enseignement religieux. S’y ajoutent les retards économiques, sociaux et culturels qui caractérisent ces pays, certes à des degrés divers, mais qui ne doivent pas être négligés. Très peu de gens peuvent ne pas être d’accord avec le fait que l’arriérisme intellectuel et le fondamentalisme islamiste, d’une part, et le despotisme politique arabo-islamique tel qu’il se manifeste dans une autocratie absolue, d’autre part, constituent les deux principaux obstacles empêchant ces pays d’entrer dans une ère de liberté, de démocratie et d’élections réellement justes et multipartites. La bataille des scrutins, des personnes de culture, des partis démocratiques et des organisations de la société civile dans la région du Maghreb à la poursuite d’une démocratisation de la vie publique, avec son volet vie politique, et à la poursuite du respect des droits des citoyens à des élections démocratiques par le biais desquelles ils puissent choisir en toute liberté et transparence leurs dirigeants et leurs représentants, est une bataille qui doit s’opposer d’une part à l’obscurantisme de la pensée fondamentaliste, et à toutes formes de pratiques despotiques et autocratiques d’autre part. Il faut être parfaitement conscient du fait que la victoire dans ce combat décidera du destin de ces pays et de ces nations.
Salah Zeghidi