Service de Magharebia
Par: Iqbal Al Gharbi

Neuvième mois du calendrier musulman, le ramadan est le mois de la révélation divine. Tous les ans durant cette période, les musulmans font un jeûne purificateur. Les croyants qui pratiquent le ramadan attendent que le soleil soit couché pour se nourrir et fêter la révélation coranique. Le mois de ramadan est donc une période de jeûne et de fête.
Ainsi, le Ramadan constitue un moment fort de la conscience collective, c’est-à-dire un moment d’exaltation et d’extase où la communauté maghrébine vibre à l’unisson et prend conscience de son unité. A cette occasion, ses membres communiquent dans le même temps et en même temps.
En effet, le ramadan réactive la mémoire collective et renforce les valeurs identitaires.
Depuis la révolution de l’information, les nouvelles technologies de la communication et l’accès à la télévision par satellite entretiennent, prolongent et rénovent les moments de sociabilité sociale et de convivialité ramadanesque.
D’une part, l’accès massif aux chaînes étrangères, sachant que près de 60% des foyers maghrébins disposent de récepteurs et d’antennes paraboliques avec une pointe de 79% à 80% pour un pays comme l’Algérie ou la Tunisie, permet un ancrage dans une communauté musulmane imaginaire et imaginée, qui s’étend du « golfe à l’océan ». Cela permet de revivre les traditions locales avec un ancrage dans un islam « internationalisé ». Les téléspectateurs musulmans , qui ont donc accès à plus de 1.500 chaînes TV dont près de 250 en langue arabe, sentent qu’en dépit de l’immensité de l’espace géopolitique musulman, de la diversité culturelle des aires hétérogènes et parfois sans communication entre elles, il subsiste un noyau théologique invariant qui les concerne tous.
D’autre part, en cette période, les maghrébins délimitent leurs choix cathodiques en fonction d’une nouvelle échelle de valeur engendrée par le contexte ramadanesque. C’est ainsi que les chaînes nationales captent l’attention d’un public qui en temps ordinaire les déserte toutes ainsi que leurs clones.
En outre, la télévision se transforme en un nouvel repère temporel qui se greffe aux anciens rituels et aux anciennes pratiques familiales. Dans la plupart des foyers maghrébins, le temps ramadanesque se partage en trois moments forts :
- l’appel du Muezzin qui annonce la rupture du jeûne
- les émissions religieuses qui comblent le besoin de spiritualité en cette période sacrée
- les feuilletons télévisés ou « musalsalat » qui regroupent les membres de la famille et qui suscitent débats , commentaires et anecdotes.
De ce fait, les nouvelles technologies de l’information s’avèrent
des lieux de sociabilité inédits où le moderne s’articule au traditionnel. Durant le mois de Ramadan, les populations maghrébines les manipulent en les convertissant en de nouvelles sources d’identités, de structures et normes nouvelles ou transformées.