La participation politique pour tous

Mahmouad_belhimer-250 Par: Mahmoud Belhimer

090430-zawaya

Il convient tout d’abord de souligner que les élections, supposées être un moyen d’alternance et de changement pacifique, sont devenues en réalité un moyen de maintenir le statu quo. Leur but est seulement de perpétrer l’hégémonie permanente des élites dirigeantes sur le pouvoir, déniant par là-même à la grande majorité de la société le droit à participer effectivement à la gestion des affaires publiques et à la vie politique. Une situation qui s’applique à l’ensemble des pays arabes dans lesquels sont organisées des élections.

La manière la plus simple de mettre en place un processus démocratique sain dans la région commence avec la conviction qu’ont les élites dirigeantes que le recours à des élections comme moyen de maintenir une façade démocratique irréelle suppose des risques majeurs pour la stabilité nationale. L’existence d’une volonté politique au sein de ces élites pour avancer sur la voie de changements en profondeur des régimes en place reviendrait à couper la route du changement. Cela suppose de mettre un terme au monopole politique et sur les médias et aux méthodes de contrôle souverain sur la vie politique et sur la société civile. Dans les quatre pays du Maghreb, les autorités ont toujours été la seule source de réforme, qu’elles mènent comme elles l’entendent, sans tenir aucun compte de la société. De plus, l’armée devrait cesser toute interférence dans la vie politique et dans son contrôle.

On pourrait poser la question suivante: comment demander à ceux qui détiennent le pouvoir d’adopter des règles de transparence qui risquent de leur couper l’herbe sous le pied. Ce dont nous parlons ici, c’est d’un renoncement aux instruments du système autoritaire, comme les amendements constitutionnels taillés sur mesure, les mesures répressives envers l’opposition, et l’imposition de pressions sur les personnes exprimant des opinions différentes. Ce dont nous avons besoin, c’est le respect de la constitution et de la démocratie en tant que système de gouvernance garantissant les droits et les intérêts de l’ensemble des citoyens.

Par ailleurs, les régimes de la région se flattent de leur capacité à organiser des « élections réussies », c’est-à-dire un scrutin envisagé comme un processus technique organisé tous les quatre ou cinq ans sans aucun espoir de changement. Or, une élection est un processus politique qui s’inscrit sur la durée, qui exige l’ouverture des champs d’activité aux partis de l’opposition, à la société civile et aux citoyens, l’acceptation de la totale liberté de la presse et de la neutralité de l’administration. Et cela doit se faire sur une base permanente, et non temporaire.

Ce long chemin permettrait de renforcer les partis politiques et les associations naissantes, et donnerait aux élites une chance de prendre leur place à la tête des institutions politique. De plus, les citoyens seraient également incités à participer volontairement à la vie politique. En revanche, un monopole entretiendrait la faiblesse des partis et empêcherait l’apparition d’une nouvelle élite capable de diriger et de gérer les affaires du gouvernement, et éloignerait les citoyens de la politique.

Il faut également « institutionnaliser » la vie politique, c’est-à-dire instaurer des institutions politiques fortes pour remplacer celles, extrêmement faibles, qui existent actuellement, en permettant par exemple à la justice de jouer pleinement son rôle d’autorité judiciaire ne relevant que de la loi, et au parlement d’être indépendant, et de leur permettre de tenir les gouvernements pour responsables et de diriger de réelles commissions d’enquête.

On craint que les islamistes puissent contrôler le gouvernement et faire avorter la démocratie elle-même ! Mais la sympathie des gens envers les islamistes a été renforcée par par la répression et la fermeture des champs d’expression. Cette sympathie ne durera pas simplement parce qu’ils défendent l’Islam, mais parce qu’ils n’ont pas de solutions efficaces aux problèmes économiques et aux soucis quotidiens des gens.

La stricte organisation de l’exercice politique garantira l’alternance pacifique et transparente au pouvoir sans qu’il soit besoin de justifier le trucage des élections et l’exercice par les régimes d’une paternité sur la société.

Vos commentaires

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arada Il y a plus de 3 ans

Cher Mahmoud, je suis heureux de lire vos articles. Cependant, je voudrais bien commenter sur votre jugement concernant le parti islamique n’ayant pas de solutions concernant les problèmes économiques et les problèmes quotidiens du peuple. Je crois que cela s’applique à toutes les autres composantes de la scène politique en Algérie, y compris le parti gouvernant qui n’a pas pu cristalliser une perception économique et sociale qui soit claire, même si il en avait les moyens nécessaires, sans oublier les autres partis de la gauche vers la droite. Aussi, ne pensez-vous pas que le plus grand problème ne soit pas les élections en tant que telles, mais c’est plutôt le phénomène de démission collective des membres de la communauté, et en particulier des différentes composantes de la société civile, permettant ainsi à l’autorité d’avoir recours aux élections tout le temps. Il est très facile de critiquer les systèmes et leurs rôles dans la fermeture du jeu et des domaines de l’expression et la liberté, mais n’êtes-vous pas d’accord avec moi que le développement d’une nouvelle approche dépende de l’élimination de l’influence des autorités et des classes politiques; prendre l’initiative en dehors de cette influence est suffisant pour apporter un changement. Cordialement, Abdul Qadir Arada – Doha.

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