Service de Magharebia
Par: Iqbal Al Gharbi

La religion, comme nous le savons, est aussi une culture. Elle structure l’espace-temps, permet la domestication du monde et elle donne un point d’orgue, une destination à des itinéraires personnels. Elle est une manière pour un groupe de se reconnaître et de se construire.
Les musulmans d’Europe expérimentent pour la première fois dans leurs histoires le fait minoritaire. Ils apprennent à vivre, dans leurs territoire de résidence, un islam adapté aux nouvelles normes juridiques et aux exigences politique et sociales du pays d’accueil.
L’idéal de la modernité occidentale a toujours été de circonscrire le religieux dans le privé. En instituant la liberté des croyances, elle consacre l’autonomie individuelle qui constitue un projet fondamental d’émergence de la personne, de la démocratie.
Cette modernité n’est pas anti-religieuse. En effet , la laïcité signifie l’idée selon laquelle le religieux relève du civil, des associations, du droit privé, ce qui n’interdit pas la visibilité, les pèlerinages, la liberté des cultes et leurs financement par l’Etat. L’espace civil est celui des particularités collectives tandis que l’espace public est celui de leur coexistence, par l’égalité devant la loi qui s’applique à tous.
Ce « vivre ensemble » au sein d’un Etat de droit s’avère une école de la citoyenneté et permet aux musulmans d’Europe de dépasser les lectures rétrogrades de l’islam qui instituent des inégalités entre femme et homme, musulman et non musulman, et leur permet de renouer avec ses meilleures valeurs humaines.
Le statut public du religieux en Europe vacille entre un statut qui prône la séparation nette entre État et religion (à la manière française), une gestion communautaire des institutions religieuses (à la manière britannique) et une implication de l’Etat considéré comme « neutre » dans le religieux.
Concernant l’islam, il existe deux tendances contradictoires de l’islam en Europe. La première, culturaliste, met l’accent sur l’autonomie culturelle des musulmans, prône l’autarcie et la préservation de toutes les coutumes islamiques – y compris celles qui contredisent les valeurs universelles prédominantes dans les sociétés actuelles, notamment européennes.
L’autre tendance réformiste préconise en revanche l’intégration culturelle des musulmans européens et adopte une lecture progressiste de l’islam qui leur permet d’harmoniser les normes islamiques aux valeurs universelles de l’Europe, afin de moderniser leurs valeurs traditionnelles, qui ne sont pas adaptées aux exigences de notre temps.
Cette nécessaire intégration ne signifie nullement le renoncement des musulmans à leurs valeurs spirituelles, mais uniquement aux coutumes contraires à l’humanisme de l’islam d’une part et à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et aux conventions internationales d’autre part.
Ce processus est loin d’être achevé et présente de nombreuses difficultés. Mais ces difficultés et les débats concomitants sont, en quelque sorte, la preuve de ce processus intégrateur.
Vos commentaires
commentsAnonyme Depuis plus de 2 ans il y a
Il faut avoir l’honnêteté et le courage de reconnaître que le problème numéro 1 des pays musulmans comme la Tunisie n’est pas tellement le religieux mais plutôt le criminel. Corruption, népotisme, abus de pouvoir, trafic d’influence et absence de l’état de droit dérèglent le jeu de l’économie libre et font plus de mal à la société qu’un bout de chiffon avec lequel certaines femmes préfèrent se couvrir les cheveux alors que d’autres comme vous préfèrent exhiber leur coupe modieuse. Dans un cas comme dans l’autre, je ne vois pas où est le problème si ce n’est l’hystérie véhiculée par les médias et alimentée par des politiciens opportunistes et peu scrupuleux pour lesquels un contrat vaut bien qu’on ferme le bon oeil, tels un Sarkozy ou un Chirac qui en visite en Tunisie font l’éloge de la politique des droits de l’homme, se couvrent les yeux devant la dictature mais poussent des cris d’orfaie à peine qu’ils entendent parler de voile islamique. Pour expliquer leur silence sur la corruption du pouvoir et des violations qu’ils n’aimeraient pas voir chez eux, ils avancent comme alibi qu’ils ne sont pas des donneurs de leçons aux autres. Si tel est le cas, ils devraient être conséquents avec eux-mêmes et arrêter la politique de l’indignation sélective. Pour tout dire, et tout en étant pour la séparation du religieux et du politique, je trouve plus urgent pour certains pays, en les circonstances actelles, une séparation de la criminalité et de l’état.
Signaler un abus