Service de Magharebia
Par: Monia Ferjani

Ils sont entrés dans un restaurant étranger très chic et se sont installés. Ils ont parcouru le menu sans le comprendre, étant écrit en langue étrangère. L’homme demande à sa copine : Choisis le plat le plus cher, il doit forcément être le meilleur. La femme a montré du doigt le plat le plus cher au serveur, et l’homme a hoché la tête demandant la même chose. Après un moment, le serveur était de retour avec leur commande, et leur a dit en une langue qui leur est compréhensible : « Voici ce que vous avez commandé : Le pain. »
Du pain ? Oui, du pain. Du pain nu, au prix le plus élevé.
C’est le sort de ceux qui vont à des endroits où les gens parlent une langue étrangère ; qui pensent que la richesse remplace la culture ; qui ignorent la communication avec les autres ; et qui maîtrisent seulement les apparences brillantes. Cela pourrait être notre sort aussi si nous nous contentons des connaissances que nous avons mémorisé depuis des années, sans apprendre de nouvelles choses ni parler une nouvelle langue de dialogue pour suivre les développements et exigences de la révolution, telles que l’acceptation des autres malgré leurs différences. Nous étions domestiqués pendant plus de cinquante ans, et nous nous sommes ainsi habitués au chef unique, au parti unique, à un seul média, et à la culture unique. Nous nous sommes habitués à ce que les autres réfléchissent à notre place, qu’ils trouvent des solutions pour nous – alors qu’ils sont à l’origine du problème -, qu’ils parlent en notre nom, qu’ils regardent avec nos yeux, et qu’ils se fassent élire pour nous représenter.
Voilà pourquoi nous nous sommes révoltés. Pour exister, exprimer librement nos opinions, et faire nos propres choix. Faut-il laisser les choses telles qu’elles sont après toutes les vies sacrifiées par le peuple ? Faut-il désespérément enfouir nos têtes dans le sable et se faire à l’idée que rien ne changera avec ou sans nos votes ? Le changement tombera-t-il du ciel ? Doit-on rester assis comme d’habitude à attendre un miracle ? Ou veut-on une utopie où la vie est agréable sans sacrifices ?
Je me suis inscrite sur les listes électorales, et ma famille, mes voisins et mes amis ont fait de même. Nous nous sommes inscrits malgré tout : l’élan des partis et leurs discours peu convaincants ; l’insécurité et les incendies volontaires ; le soutien médiatique continu pour le régime actuel ; le coût de vie élevé, le pouvoir d’achat détérioré, et l’investissement à la baisse ; le monopole, l’exploitation, et le chômage ; les héros en papier, la violence et la provocation… Nous nous sommes inscrits malgré toutes ces raisons et bien d’autres.
S’abstenir du vote est une attitude négative qui relève de la pure résignation. La négativité ne construit pas les pays. On va se retrouver en fin de compte avec du pain nu au prix le plus élevé.
J’ai contribué avec cet article à une campagne de blogging organisée par les blogueurs tunisiens afin d’encourager les citoyens à voter, soutenue par une campagne parallèle sur Facebook, et des efforts déployés par plusieurs acteurs de la société civile, y compris les partis politiques, les organisations, les associations, les médias, et différents ministères et institutions publiques ayant affiché des panneaux publicitaires…
Je pense que l’appel au boycott du scrutin est une attitude faible et négative, même si les peuples ont perdu confiance en l’honnêteté de leurs gouvernements et en l’intégrité des élections. Le vote reste la forme la plus noble de la libre expression, et c’est un droit avant d’être un devoir, visant à entraver quiconque tente d’imposer sa tutelle sur les volontés des peuples.
À la lumière des résultats catastrophiques de l’intransigeance stupide et… plus
Il n’y a pire attitude, dans une élection, que celle… plus
La dynamique politico-sociale que connaissent certains pays arabes est à… plus
Vos commentaires
commentsAnonyme Il y a 5 mois
raisonnement logique
Signaler un abus
Anonyme Il y a 5 mois
Puisque c’est le ministère de l’Intérieur qui décide des résultats définitifs des élections, ça sert à quoi alors de voter ou même de s’inscrire sur les listes électorales ?
Signaler un abus
بن نعوم ابراهيم Il y a 5 mois
Il est vrai que l’appel à abandonner les devoirs communs pour faire preuve de patriotisme peut être qualifié d’égoïsme. Et l’ignorance envers une personne parce qu’elle perd l’espoir dans le peuple et parce que sa vie n’est pas ordonnée mène les autres à prendre des risques et fait avancer ceux qui ne souhaitaient pas bouger. Ils s’adonnent à la gouvernance et à l’autorité et détestent l’idée de l’abandonner. Ils les considèrent comme un droit divin que nul ne peut leur retirer, quelles que soient les circonstances. Je suis toujours surpris par les défenseurs de la liberté et de la justice dans la vie. Comment peuvent-ils refuser la liberté d’expression quand eux-même la pratiquent et se réjouissent de ses grands avantages ? Quelques esprits fermés ne parviennent pas à la tranquillité d’esprit et ne sont pas à l’aise par rapport au chemin qu’a pris leur vie car ils sont déconnectés de leur peuple, dont les valeurs sont issues des racines de l’histoire, dont l’influence est importante. Ils refusent la démocratie libre et se tiennent aux côtés de ceux qui boycottent la liberté car ils n’ont aucune aptitude à la réussite ni à la survie. Il ne leur reste qu’à pleurer et à crier quand le jour se lève ; ils n’attendent rien excepté le compte à rebours vers la fin d’une ère et le commencement d’une autre. Depuis notre naissance, nous avons été familiarisés avec un seul visage, une seule pensée et un seul discours fleuri, jusqu’au moment où nous avons cru en ce que nous avions et où nous avons été convaincus de l’unicité du gouverneur éternel. L’unique, que tous suivent et que nul ne peut défier, jusqu’à ce que nous devenions comme un vol d’oiseaux nichés dans le couloir de la peur et que nous choisissions nos partenaires dans la peur et la terreur du gouverneur… Nous avons eu le sel et ils ont eu la nourriture, la parole et l’opinion, pour eux, pour eux, pour eux, et ils détiennent toutes les commandes. Ils ont donné naissance à des fantômes, les passants et les disciples. Ils ont crée pour eux-mêmes des systèmes qu’ils ont baptisés sectes, qui sont comme des pâturages qui prennent ce qui est bon. Il n’y a aucune raison de rester dans l’ère du gouverneur injuste.
Signaler un abus