Les rançons sont le ballon d’oxygène de l’activité terroriste

Mahmouad_belhimer-250 Par: Mahmoud Belhimer

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Une approche saine à ce phénomène nous oblige à comprendre d’abord que la menace terroriste n’est pas qu’une affaire algéro-algérienne, mais que nous avons affaire à un phénomène transfrontalier, qui présente le même niveau de risque et de sensibilité pour les cinq pays du Maghreb arabe, ainsi que pour les pays d’Afrique subsaharienne.

La preuve en est que les terroristes actifs dans le désert se déplacent avec leurs éléments et leur matériel, franchissant les frontières de l’Algérie, de la Tunisie, de la Libye, du Tchad et du Niger… et que dans les groupes actifs dans la région, on retrouve à la fois des ressortissants des pays du Maghreb arabe et d’Afrique subsaharienne.

Cela veut dire que la lutte contre la menace terroriste doit être menée sur la base d’un effort conjoint fondé sur une grande coordination entre les pays du Maghreb arabe, qui réponde de manière adéquate au niveau de risque. Les efforts des autorités algériennes visant l’arrêt du paiement des rançons aux terroristes s’inscrivent dans le cadre de cette lutte.

Si nous analysons ce type d’activité terroriste au sud, qui se base sur les enlèvements d’étrangers puis sur des demandes de rançons adressées aux pays occidentaux, nous nous apercevons que cette activité enregistre une hausse depuis l’enlèvement de 32 touristes européens au printemps de 2003 (de nationalités allemande, autrichienne, suisse et néerlandaise), et depuis les négociations sur le paiement de rançons avec les ravisseurs, car les groupes terroristes ont découvert que c’était-là le moyen le plus simple de pouvoir financer leurs activités.

L’argent des rançons est un ballon d’oxygène pour faire reprendre l’activité terroriste dans le sud du Sahara, et même dans le nord, car ces fonds sont utilisés pour acheter des armes et des munitions, et pour financer le recrutement de nouveaux éléments terroristes et de kamikazes. Reprenant l’adage “l’argent est le nerf de la guerre”, les groupes terroristes trouvent dans les rançons une manière facile d’assurer leur financement.

Le paiement d’une rançon peut résoudre le problème de l’enlèvement d’un touriste occidental enlevé, voire d’un groupe de touristes, mais il fait en revanche échouer les mesures et les efforts mis en œuvre sur le terrain pour éliminer radicalement l’activité terroriste et tarir ses sources de financement. Par ailleurs, depuis que les terroristes se sont aperçu que les gouvernements occidentaux étaient disposés à verser de fortes sommes pour obtenir la libération de leurs ressortissants, ils ont recours à ce type d’activité pour perpétrer leurs activités terroristes, notamment au Sahara, où le contrôle des mouvements des groupes terroristes est un problème complexe pour tous les pays du Maghreb arabe.

Selon cette perspective, le comportement de quelques pays européens concernant le paiement de rançons pour garantir la sécurité de leurs ressortissants semble aller à l’encontre des obligations internationales dans la lutte contre le terrorisme !

Dans la mesure où le champ de bataille est la région du Maghreb et les pays du Sahel, ces cinq pays doivent, en plus des efforts diplomatiques déployés à l’échelon international, harmoniser leurs politiques avec leurs homologues du sud en matière de coordination sécuritaire et d’échange d’informations sur les mouvements des terroristes et leurs relations avec les professionnels de la contrebande et les populations des régions qu’ils fréquentent.

Cette coordination sera un succès si tous les pays du Maghreb vont au-delà du discours politique, et sont convaincus que la menace terroriste ne se limite pas à un seul pays, mais qu’il s’agit bien d’une menace pour chacun, et que le succès de la lutte ne pourra être obtenu sans les efforts de tous.

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