Service de Magharebia
Par: Jemal Mohamed Oumar

Il ne fait aucun doute que l’initiative algérienne d’obtenir une résolution à l’issue du sommet des chefs d’État et de gouvernements de l’Union Africaine, qui s’est tenu dans la ville de Syrte en Libye, a été très importante. Elle concerne le non-paiement de rançons aux groupes salafistes en échange de la libération de leurs otages, et a été votée à l’unanimité par les responsables de l’Union Africaine composée de 53 membres présents à ce sommet, début juillet.
Cette initiative intervient dans le cadre de l’assèchement des principales sources économiques de ces groupes, en particulier de celle située dans le Maghreb arabe et connue sous le nom d’al-Qaida au Maghreb Islamique, et qui opère dans la région du Grand Sahara, entre l’Algérie, la Mauritanie, le Mali et le Niger. Cette région est rude et montagneuse, facilitant les enlèvements par des groupes armés, que ce soit des djihadistes armés ou les Touaregs qui vivent dans la région. La rudesse de la région et sa sécheresse exigent ses moyens financiers pour la logistique des groupes armés, comme du carburant, la maintenance des matériels, l’achat d’armes et la corruption des édiles locaux qui leur assurent une couverture. Dans la plupart des cas, l’enlèvement est le premier objectif des terroristes, qui ont ensuite recours aux assassinats lorsqu’ils ne réussissent pas à enlever leurs victimes.
Par ailleurs, certains spécialistes des groupes terroristes armés estiment que l’obligation des pays du Maghreb arabe de rejoindre l’Algérie dans cette campagne doit prendre en considération le caractère spécifique des relations entre chaque pays et les groupes armés. L’Algérie a adopté cette idée à partir de sa propre expérience de négociations de longue date avec les terroristes armés, et elle dispose également d’une force militaire dissuasive qui lui permet de remplacer le paiement de rançons par des confrontations armées dont elle peut sortir victorieuse, en plus de ses alliances stratégiques passées avec certains pays comme les États-Unis. Il en va de même pour le Royaume du Maroc et la Libye, à des degrés divers, alors que les opérations terroristes en Mauritanie ne sont dans la plupart des cas qu’une réaction à l’arrestation de salafistes ou à leur torture en prison, ou même à des manœuvres avec certains pays qui brandissent le slogan de la lutte contre le terrorisme et le vendent au public. Les alliances passées par la Mauritanie avec certains pays et le ratissage de ses frontières avec l’Algérie a conduit aux incidents de Lemghayti en 2005, au meurtre de ressortissants français à Aleg, à l’assassinat de soldats mauritaniens à Terrin, et enfin au meurtre de l’Américain Christopher après sa tentative d’enlèvement ratée il y a un mois. Il en va de même au Mali, qui était jusqu’à une date récente à l’abri des attaques des salafistes et des prises d’otages. De plus, ces pays ne sont pas en mesure de s’engager dans des confrontations armées.
Le non-paiement de rançons reste la meilleure option, mais les pays du Maghreb doivent coopérer et coordonner leurs actions dans la lutte contre le terrorisme.