Service de Magharebia
Par: Iqbal Al Gharbi

Les pays arabes vivent au rythme du printemps arabe.
Ce printemps des peuples a été déclenché par une crise profonde engendrée par plusieurs facteurs : une crise économique structurelle, un verrouillage de l’espace public, des inégalités sociales et régionales excessives.
Aujourd’hui, le mouvement des jeunes qui appelle à l’élargissement des droits civils et politiques se trouve confronté au radicalisme religieux qui menace les fragile acquis du printemps arabe.
Ce radicalisme religieux se nourrit du « désenchantement national » qui a accompagné les indépendances du Maghreb.
En effet, la crise économique au Maghreb, les lois contre l’immigration en Europe ont discrédité la modernité et son cortège de concepts et de valeurs aux yeux de millions de jeunes.
En une génération (1975-95), le climat de relatif libéralisme et de réformisme s’est trouvé compromis. La classe moyenne éduquée, frappée par la paupérisation, s’avère particulièrement sensible à l’islamisme.
Des milliers d’étudiants diplômés sans emploi qui constituent une intelligentsia prolétarisée puisqu’elle n’a pas accès aux fonctions du pouvoir se révoltent contre une modernité qui n’a pas concrétisé ses promesses.
La révolution technologique, le foisonnement des chaines satellitaires et de l’internet permettent de se connecter à un monde de consommation virtuel. Cet univers imaginaire et frustrant a un effet déstabilisant sur les jeunes Maghrébins.
En Tunisie, par exemple, l’exclusion des débats politiques des mouvance islamique et syndicales, des partis de gauches et la main mise du RCD (Rassemblement Constitutionnel Démocratique) sur la vie politique, alimente les frustrations et les déceptions.
Le soutien occidental à l’ex-président Ben Ali qui a toujours été pointé du doigt par les associations des droits de l’homme, nourrit une vision machiavélique de la politique.
Les jeunes tunisiens observent un régime honni, souffrant d’un déficit de légitimité important, qui se maintenait au pouvoir en bénéficiant du soutien des organismes financiers, des Etats libéraux, des experts de la “gouvernance” mondiale.
Face à ces paradoxes, qui ébranlent les jeunes, le radicalisme religieux promet une moralisation de la vie sociale politique et une rupture avec le monde occidental machiavélique.
Actuellement, le triomphe du mouvement démocratique dépend des sa capacité à maitriser ces défis et à dépasser ces paradoxes. Le débat politique reflète de difficiles négociations et confrontations qui ont lieu entre les nombreux groupes qui ont participé à la révolution du 14 Janvier. Il s’agit de dépasser le discrédit qui pèse sur le système politique qui et peut rendre difficile la constitution d’un pouvoir crédible.
Toutefois, il est tout à fait possible que les jeunes révolutionnaires qui ont stupéfait le monde par leur ingéniosité, leur discipline, leur ténacité et leur courage, qui ont rejeté la violence réactionnaire et nihiliste, nous offrent aussi dans le futur un nouveau modèle politique à la fois moderne et éthique.
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