Service de Magharebia
Par: Said Elakhal

Les citoyens arabes ne contestent plus l’élimination de ben Laden par un commando américain, après la déclaration d’al-Qaïda la confirmant et jurant vengeance contre les États-Unis et l’Occident.
Nos peuples ont l’habitude de remettre en question tout événement qui ne convient pas à leur état d’esprit général ; ils croient aux mythes et rejettent la vérité.
Même les intellectuels et les chercheurs ne font pas exception à cette attitude, et croient en des théories de complot qui rejettent la responsabilité sur les autres pour éviter de se culpabiliser, même quand il s’agit de simples faits ou événements. (Abdel-Bari Atwan, le rédacteur en chef du journal Al-Quds Al-Arabi, a contesté la mort de ben Laden dans un article intitulé, « On n’y croira quand on verra la corps »).
La mort de ben Laden aura-t-elle un impact sur les pays et peuples maghrébins ? La réponse exige d’évoquer le symbolisme de ben Laden le poids de ses doctrines pour al-Qaïda et le mouvement djihadiste en général.
Oussama ben Laden est le fondateur et parrain d’al-Qaïda. Il est aussi devenu un symbole et une icône inspirant les djihadistes et les incitant à combattre les infidèles, les croisés et les Juifs au nom du djihad. Les images de ben Laden marchant dans les vallées et pentes des montagnes de Tora Bora, portant des vêtements modestes, avec une arme kalachnikov sur l’épaule, ont fait de lui un personnage charismatique. Il a rejeté l’hégémonie américaine qu’aucun pays arabe n’a opposée et qu’aucune force musulmane n’a jamais confrontée. Ben Laden a fait face à cette hégémonie seul avec son arme modeste, et il a même humilié les États Unis avec les attaques du 11 septembre 2011.
Ce qui a renforcé encore plus le charisme de ben Laden fut l’incapacité de la plus grande force militaire au monde de le capturer ou le tuer pendant toute une décennie. Ben Laden était un symbole de fierté, jusqu’à ce que les peuples arabes et musulmans aient enduré des attaques terroristes qui ont perturbé leur sécurité et stabilité, et fait couler le sang de leurs citoyens et invités innocents. Ainsi, ben Laden est devenu aux yeux de tout le monde un terroriste qui massacre les innocents et sème la terreur.
C’est à cause de cette image terrifiante de ben Laden que les peuples arabes ont regardé sa mort sans le regretter ou protester contre son assassinat et son inhumation dégradante. C’est un message significatif à tous les courants extrémistes et de Takfir qui ont déclaré leur allégeance à ben Laden : les peuples arabes ne soutiennent pas les complots terroristes pour lesquels al-Qaïda a été créée.
Ces peuples ont compris que ben Laden et al-Qaida n’hésitent pas à tuer les musulmans, et n’aspirent pas à instaurer la démocratie et à éradiquer la tyrannie. Les peuples arabes ont trouvé leur chemin vers la liberté et la démocratie grâce à leurs jeunes et aux manifestations pacifiques qui ont renversé les régimes les plus autoritaires, sans recourir aux armes ni aux attentats-suicides d’al-Qaïda.
Ainsi, les peuples ne seront pas touchés par la mort de ben Laden qui n’est plus un symbole de liberté et de dignité, à cause des actes criminels qu’ils ont enduré, dont le plus récent est l’attentat ciblant le café Argana à Marrakech le jeudi 28 avril.
Pour le courant djihadiste et la branche d’al-Qaïda au Maghreb islamique, le choc est énorme pour les djihadistes qui attribuent de nombreux miracles à ben Laden depuis le djihad afghan contre les Soviétiques, et qui ne s’attendaient pas à ce qu’il soit aussi facilement capturé par les Américains.
Les djihadistes aiment et respectent ben Laden, et vont par conséquent chercher à venger sa mort par tous les moyens possibles et partout où ils peuvent mener leurs activités criminelles, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur des pays arabes et islamiques, même si cela coûterait la vie de dizaines de musulmans.
L’AQMI a été blessée dans son orgueil, et va saisir toutes les opportunités possibles pour mener des attaques de représailles. Il convient de souligner que ben Laden est devenu un symbole, une icône et une source d’inspiration, non pas pour sa personne, mais pour ses doctrines et idéologie incitant au Takfir, à l’assassinat et à la haine. Par conséquent, l’influence de ces doctrines sur tous les individus qui y adhèrent persistera. La mort du chef d’al-Qaïda ne signifie pas la fin des idées fondatrices de cette organisation qui adopte l’assassinat comme doctrine, culte, et seul moyen de traiter avec ceux qui s’opposent aux religions célestes et aux valeurs morales.
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