Service de Magharebia
Par: Jemal Mohamed Oumar

La polémique concernant l’annulation de la 10ème édition du festival Mawazine s’inscrit dans le cadre des conséquences des révolutions arabes et de la mobilité sociale qui les a suivis. Pour échapper aux vents du changement, les gouvernements qui sont encore à l’abri des révolutions revoient sérieusement leurs politiques de gestion, y compris les stratégies culturelles qui n’ont jamais été mises en question.
Le célèbre festival marocain Mawazine, qui se tiendra durant le mois de mai, met le gouvernement marocain à l’épreuve, vu que le mouvement du 20 Février, certains membres du Parlement et autres intervenants exigent l’annulation du festival et l’investissement de son budget dans d’autres domaines culturels mettant la lumière sur les talents des jeunes marocains dans le cadre de centres culturels, théâtres, centres de loisirs, et cinémas.
Les demandes répétitives d’annulation de Mawazine sont dues au poids de ses dépenses et à la nature de ses invités, en comparaison avec d’autres événements culturels. Les dépenses de Mawazine 2011 sont estimées à 27 millions de dirhams pour couvrir l’organisation, l’hébergement, et les salaires. En effet, les artistes arabes qui ont animé le festival l’an dernier ont touché entre 50.000 et 70.000 dollars chacun, tandis que les célèbres artistes occidentaux ont reçu le double de ces montants.
Les opposants au festival voient en ces montants colossaux une provocation flagrante pour les Marocains qui souffrent d’un taux de chômage de 9,1% en 2011, selon le Haut Commissariat au Plan (HCP), touchant principalement les jeunes qui veulent trouver un emploi, gagner leur vie, et bénéficier d’une infrastructure qui répond à leurs besoins sociaux et récréatifs.
Néanmoins, nul ne peut nier le rôle positif des festivals culturels qui encouragent une concurrence loyale d’intérêt pour les intellectuels et les jeunes, ainsi que toutes sortes de spectacles et d’arts, y compris le théâtre, le cinéma et la musique…
Or, on a besoin d’une politique culturelle qui garantit l’équilibre entre les dépenses et les infrastructures, en équipant des espaces d’exposition répondant aux besoins des jeunes d’une part, et aux exigences des spectacles modernes d’autre part ; en construisant des salles de cinéma ; et en évitant que les aspects récréatif et rentable l’emportent sur la culture sérieuse.
Les ministères maghrébins de culture doivent aller au-delà de l’aspect carnavalesque des manifestations culturelles, éviter la politisation de la culture afin d’encourager tous les talents indépendamment de leurs origines politiques et sociales, prendre compte des spécificités culturelles de la société, éviter la sélectivité sur la base de la loyauté politique, et faire appel à des experts en culture.
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