Une salutaire auto-révolution

Salwa_pass Par: Saloua Charfi

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Le grondement de colère de la foule qui a commencé en Tunisie le 17 décembre 2010, suite au suicide par immolation d’un jeune chômeur d’une région déshéritée qui n’a pas été entendu par les responsables locaux, se poursuit et s’étend à toutes les régions du pays.

Les déshérités algériens viennent de prendre le relais en envahissant les rues. On prévoit une contagion des autres pays maghrébins dont la situation socio-économique est comparable à celle de la Tunisie et de l’Algérie.

L’ampleur des contestations, les résultats dramatiques auxquels elles ont abouti, les morts se comptant par dizaines, les revendications des manifestants, ainsi que l’absence d’encadrement politique et de leaders d’opinion, confirment la nature purement populaire et sociale du mouvement.

Les lacunes politiques ont également contribué au développement de la contestation. On le voit surtout à la mauvaise gestion de la crise qui s’est manifestée essentiellement par l’absence d’une couverture des médias. Ce silence a contribué à attiser la colère au lieu de l’éteindre, comme semblent le croire les décideurs.

Une telle situation exige un changement. On prévoit divers scénarios allant du pire qui consiste en un chaos sans fin, au tremplin consistant en l’injection de calmants temporaires, en passant par les coups d’Etat sanglants ou une situation comparable à celle de la Côte d’Ivoire.

Cependant si l’on tient compte de la nature socio-politique de ces pays caractérisée par une certaine stabilité politique des régimes en place et du vide politique qu’ils ont crée autour d’eux, le scénario le plus probable et le plus salutaire consiste en un changement du système.

Il est cependant évident, et surtout pour le cas tunisien, qu’un tel changement ne peut être opéré par un acteur politique extérieur au régime actuel et ce en raison de l’absence d’un pouvoir politique alternatif tel le militaire ou le religieux organisé et outillé pour une opération de changement de cette importance.

Ce changement de système doit donc être fait par le régime politique en place qui doit faire une sorte d’auto- révolution en changeant ses choix politiques en profondeurs. Cette auto-révolution doit d’abord se manifester par un changement de l’élite politique à travers des élections transparentes à tous les niveaux, ce qui permettra une participation des citoyens à la vie politique et à la prise de décision.

Mais un tel changement ne saurait être efficace si les médias ne jouent pas leur rôle de contrôle et d’information sur les déviations et lacunes politiques. Un vrai changement doit se manifester par la transparence, sinon le risque de récidive et de rechute est grand.

Vos commentaires

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Anonyme Il y a environ un an

Chère madame Charfi, vous qui avez comme vos collègues appris à vos étudiants à cirer les bottes de Ben Ali, êtes-vous sûre que le fiasco du régime est dû comme vous dites “à la mauvaise gestion de la crise qui s’est manifestée essentiellement par l’absence d’une couverture des médias”? Pensez-vous qu’une bonne gestion des médias depuis longtemps pourris aurait sauvé le régime? En tant que professeur à l’Institut de Presse quelle bonne gestion médiatique avez-vous appris à vos étudiants ? Vos diplômés n’auraient jamais pu sauver la dictature du naufrage. Savez-vous pourquoi? Parce qu’il n’est pas vrai comme vous dites que le silence des médias a contribué à attiser la colère au lieu de l’éteindre. Premièrement, vos médias n’ont pas gardé le silence. Ils ont poursuivi leur basse besogne de faire l’éloge du tyran. Deuxièmement personne ne prêtait attention à leurs élucubrations. Les jeunes qui se sont révoltés, immolés ou électrocutés ne vous lisaient pas et ne vous écoutaient pas. Les mensonges de vos médias les dégoûtaient. D’autre part ils avaient assez de mal pour joindre les deux bouts afin d’acheter le pain sec qui les faisait survivre. Le papier noirci qui sortait de vos presses et déshonorait le nom de journal ne les intéressait pas. Mohammed Bouazizi, le valeureux marchand de légumes qui s’est immolé par le feu et a noblement quitté la misérable existence à laquelle le régime de voleurs et d’escrocs l’avait condamné, ne touchait vos journaux que pour y envelopper ses tomates et ses oignons. D’autres le faisaient pour des raisons hygiéniques. Pour conclure le salut de la Tunisie est dans l’instauration d’une démocratie honnête protégée et surveillée par des journalistes dévoués qui ne retournent pas facilement la veste au gré du vent pour sauver leurs privilèges

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Anonyme Il y a environ un an

cher monsieur il est clair que vous parlez de choses que vous ignorez car primo tous mes étudiants et collègues savent que je ne fais pas partie des cireurs de bottes bien au contraire, secondo ce que j’ai écris ici vient de se réaliser c’est vous dire qu’il faut être bien informé avant de juger
saloua charfi

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Anonyme Il y a environ un an

« Un changement du système » n’est une solution. Car cette solution là est impossible. En effet, quand un système a fonctionné depuis des années comme un microcosme qui tue ou étouffe tout ce qui bouge autour de lui, il est peu probable que ce microcosme devenu une oligarchie vorace et dominante s’auto saborde tout entier et cède un espace dont il est devenu le maître absolu. Certes tous les peuples sont capables de crier leur misère, même face à des tyrans sanguinaires. Mais rares sont les peuples capables de grands changements politiques positifs et durables. À l’heure des émeutes qui secouent la Tunisie et l’Algérie, le Maghreb, à l’instar du reste de l’Afrique, n’en compte pas encore. Ben Ali a quitté le pouvoir pour sauver sa tête, mais le système reste. Et tout indique qu’il restera encore longtemps. Ce ne sont pas des émeutes ici ou là qui vont en venir à bout.

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Anonyme Il y a environ un an

Chère Madame Charfi, le grand intellectuel, philosophe et historien Tunisien, Son Excellence Mezri Haddad, ambassadeur de Ben Ali auprès de l’Unesco, a lui aussi sauté en marche du train qui fonçait vers l’abîme. Même pas 24 heures après son apparition à la télé Française où il a encensé son maître, il s’est tout à coup découvert une âme de résistant, et pour se refaire une virginité, il a démissionné de son ambassade en claquant bruyamment la porte. Quelques heures plus tard, Ben Ali s’envolait vers l’Arabie Saoudite dont la politique est en parfaite harmonie avec l’islam libéral défendu par l’Architecte du Changement et son oeuvre pour l’émancipation des femmes. Soyons un peu sérieux! Va-t-on bientôt découvrir que Ben Ali a régné pendant 23 ans sur une armée de résistants qui passaient leur temps à lui dire ses quatre vérités? Pauvre Ben Ali! Comment a-t-il pu tenir le coup tout ce temps-là?

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