Le chômage risque de devenir une bombe à retardement

Zghidi_salah-250 Par: Salah Zeghidi

110105-zawaya-photo

C’est devenu partie intégrante du quotidien social maghrébin qu’un jeune tente d’immigrer clandestinement vers l’Europe, ou " Herguan " comme on dit en Tunisie, pour travailler ou atteindre l’Eldorado imaginé en France ou en Espagne.

Mais c’est tout à fait inhabituel qu’un jeune chômeur tente de se suicider en s’immolant par le feu dans une place publique et devant le siège de la préfecture.

Pourtant, cela s’est produit dans la ville tunisienne de Sidi Bouzid le 17 du mois dernier, engendrant des réactions directes, puissantes et spontanées d’une grande partie de la population locale, notamment les jeunes au chômage.

Le chômage des diplômés en Tunisie, tout comme le Maroc et relativement moins en Algérie, est devenue une question importante et grave. Si l’on ne résout pas ce dilemme au cours des cinq prochaines années, il se transformera en une bombe à retardement qui peut exploser à tout moment.

Cette question se trouve maintenant en tête des problèmes majeurs de la région. Des dizaines de milliers de diplômés tunisiens, par exemple, attendent actuellement des emplois, ou plutôt leur courent après, mais en vain.

Les gouvernements doivent se rendre compte de la gravité de ce problème qui peut se transformer en une catastrophe sociale et même politique, et accorder une plus grande priorité à la création d’emplois pour les diplômés.

Les gouvernements doivent d’abord changer leurs orientations libérales injustes selon lesquelles ils se sont retirés du marché au profit des investisseurs privés, sous prétexte que ces derniers sont plus aptes à investir dans des projets créateurs d’emplois et susceptibles d’absorber la demande croissante de l’emploi.

Cependant, les dernières années ont démontré l’échec de cette décision. Les investisseurs privés évitent d’investir dans les régions intérieures et éloignées, alors que les statistiques indiquent que ce sont bien ces régions-là qui ont le plus besoin d’investissements créateurs d’emplois.

Les Etats maghrébins doivent dépasser le stade de l’orientation et de la supervision, pour devenir des créateurs de projets dans les régions pauvres marginalisées jusqu’ici. Ils doivent aussi revoir la nature des projets dont ils ont besoin et se concentrer sur ceux qui nécessitent une main-d’œuvre hautement qualifiée afin d’intégrer les diplômés universitaires.

Selon plusieurs études et statistiques, certains pays européens auront besoin de gestionnaires hautement qualifiés dans les années à venir, mais qui ne sont pas disponibles sur les marchés de travail locaux. Ainsi, les gouvernements maghrébins doivent sérieusement envisager d’améliorer la qualité de la migration organisée de leurs citoyens vers ces pays.

Il convient de souligner que tout cela reste insuffisant, car il y a un autre besoin pressant qui consiste à revoir le système éducatif de façon compréhensive et radicale, de l’école primaire jusqu’à l’enseignement supérieur, en dépit de la baisse, ou même fin, prévue prochainement de ce qu’on appelle « l’explosion des diplômés » (en Tunisie au moins).

Il est absolument inacceptable que nos universités continuent à former des dizaines de milliers de diplômés, dont la plupart ne possèdent qu’un minimum de savoir et de compétences techniques, scientifiques et culturelles.

Vos commentaires

comments

Anonyme Il y a environ un an

Pour la Tunisie qui a été le théâtre de l’affreuse tragédie, la réponse est simple: Les responsables qui ont poussé le jeune homme au désespoir doivent faire leur valise et partir. Je ne parle pas de la méprisable policière qui l’a giflé en public pour l’humilier ni des fonctionnaires qui lui ont fermé la porte au nez et l’ont empêché de porter plainte. Ils ne sont que des chiens dressés par la maffia au pouvoir pour intimider les citoyens. Les vrais responsables sont en premier lieu le général putschiste qui s’est emparé du pouvoir sous le prétexte d’un certificat médical attestant que le dictateur d’alors ne disposait pas de ses facultés mentales. Ce qui était vrai, vu le prédateur auquel il a fait confiance pour le servir et le protéger. La Tunisie n’a pas fini de souffrir de ce choix néfaste. Viennent ensuite les valets qui se mettent à plat ventre devant leur maître et rampent. Ils ont déshonoré leur fonction de ministre qui a consisté à lécher vers le haut et piétiner vers le bas. Il ne faut pas non plus oublier cette collection de polichinelles appelés députés et dont le vocabulaire étriqué consiste en un seul vocable: oui. La famille mafieuse composée d’escrocs et de spéculateurs qui s’approprient des terrains publics pour les revendre au prix fort et empilent dans la grotte d’Ali-Baba voitures de luxe et yachts volés en Europe peuvent aussi partir dans le sillage de leur parrain. Un bon coup de balai ferait beaucoup de bien à la Tunisie.

comments

Anonyme Il y a environ un an

Quel dommage ! La Tunisie n’est plus un pays sécurisé.

Publiez vos commentaires immédiatement ! Enregistrer

1800 caractères restants (1800 max)

Entrer les chiffres
Button

Autres opinions

Les infos de Magharebia