La condamnation des victimes de viol

Jemal-oumar Par: Jemal Mohamed Oumar

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La question du viol a suscité de vives discussions dans les sociétés maghrébines récemment en raison de sa propagation alarmante. Amina Mint Al-Mokhtar, militante mauritanienne des droits de l’Homme, distingue entre plusieurs types de viol, à savoir : le viol dans les magasins et les taxis, le viol des mineures par les enseignants des écoles coraniques appelées localement " Mahadher ", le viol dans la rue et les lieux abandonnés, et le viol des bonnes par leurs employeurs. Il y a même des cas de viol où certaines familles maghrébines, surtout mauritaniennes, jouent un rôle aussi grave que l’acte du viol lui-même, en envoyant leurs filles mineures à l’Arabie Saoudite pour les forcer à épouser des hommes riches en échange d’avantages matériels. Selon Mint Al-Mokhtar, toutes les formes de viol aboutissent à la violence sexuelle envers les femmes contre leur gré.

L’organisation la plus active dans le domaine de lutte contre le viol en Mauritanie, l’Association des Femmes Soutiens de Famille présidée par Mint Al-Mokhtar, a déclaré que le viol représente 16% des cas de violence envers les femmes recensés par l’association en 2010. Plusieurs facteurs entravent l’estimation du chiffre réel, qui est sûrement bien plus élevé selon Mint Al-Mokhtar. Ces mêmes raisons bloquent l’accès à des informations précises dans le reste du Maghreb, en raison de la prédominance de la même mentalité et probablement des mêmes liens sociaux. Il s’agit notamment de la nécessité de préserver l’honneur de la femme, de protéger sa réputation et celle de sa famille, et de sauver la dignité de la tribu. Ces facteurs ont tendance à occulter ce phénomène au lieu d’encourager la poursuite judiciaire des violeurs, étant donné que le fait de rendre un cas de viol public pourrait embarrasser la victime et sa famille dans une société qui n’a aucune pitié pour les victimes de viol. Au lieu d’être juste envers ces victimes et les soutenir, la société les considère comme des délinquantes honteuses et scandaleuses. En outre, la société pense qu’une femme ne peut pas être violée sans son consentement, et qu’elle provoque volontairement le harcèlement sexuel ou le viol en portant des vêtements révélateurs, en séduisant le violeur ou en étant complice avec lui, ou en fréquentant des lieux suspects.

Les organisations des droits de l’Homme et de la société civile spécialisées dans la lutte contre le viol et le harcèlement sexuel ont tiré l’alarme et dénoncé ce phénomène qui continue de s’accroître ces dernières années, en exhortant les familles, les médias et le système judiciaire à s’impliquer activement dans cette lutte. Les médias doivent entamer des campagnes de sensibilisation sur les risques de ce phénomène, diffuser des programmes qui montrent aux femmes leurs droits, et cibler les catégories les plus vulnérables de la société en simplifiant leur message pour le rendre compréhensible pour les familles pauvres et analphabètes. Pour leur part, les gouvernements maghrébins doivent mettre en œuvre des programmes économiques au profit des familles dont les conditions de vie les forcent à faire embaucher leurs filles comme des bonnes, les exposant ainsi au risque de viol par leurs employeurs. Quant au système judiciaire, il doit strictement appliquer des lois répressives contre les agresseurs qui sont souvent libérés après avoir commis leur crime, pour le refaire sans craindre d’être sanctionné.

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