Service de Magharebia
Par: Saloua Charfi

Est-il possible pour un programme qui s’appuie sur la fiction même s’il prétend être basé sur la réalité, et qui vise des gains rapides grâce aux émotions vives, de produire de la créativité ?
Pour répondre à cette question, nous devrions nous pencher sur l’industrie de la télé-réalité, et sur l’arrière-plan culturel et économique de la production de ces programmes, afin de déterminer la mesure dans laquelle les conditions de la créativité sont remplies.
Tout d’abord, ces programmes s’appuient sur les avis de non-spécialistes pour juger la compétence et le talent dans un domaine qui nécessite des connaissances spécifiques en termes de voix, musique et performance. Le plus grave dans ces programmes est les valeurs contenues, plus que les valeurs déclarées.
La télé-réalité est fondée sur trois idées fausses qui stipulent que: a) n’importe quelle personne peut devenir une star en une courte période de temps et en suivant un parcours qui diffère de celui d’un artiste traditionnel, b) le spectateur est le principal et libre juge, et enfin c) ce que le programme diffuse est la réalité elle-même.
En réalité, le vote est basé sur le fanatisme des jeunes de chaque pays pour leur compatriote qui participe au programme, et sur ce que le programme leur a permis de voir à travers les caméras qui se concentrent à longueur de journée sur les détails de la vie quotidienne d’un groupe de personnes.
Où est la créativité dans le fait de traquer des gens toute la journée ? Est ce que cela est considéré comme un critère pour un jugement équitable des talents artistiques qui sont perturbés par des détails pâles ?
Le programme attire les gens en leur faisant croire que ce qu’il diffuse est la réalité, alors que les scénarios de la télé-réalité sont définis avant le tournage, et même lors de la sélection des candidats qui participeront à la compétition, en particulier les filles; les gens ordinaires n’ont aucune chance dans ces programmes. Après tout, ce programme est tout simplement à l’instar des autres programmes de fiction dramatique; c’est juste un spectacle dans " la communauté des programmes ", puisque les participants ressemblent à des marionnettes qui ont des mouvements contrôlés qui ne reflètent aucune personnalité. Les vêtements et les coiffures des participants peuvent impressionner plus que leur performance artistique.
L’écrivain français Philippe Moret a dit : " La télévision crée la réalité, sa propre réalité, pas la vraie réalité. Les gens sont devenus semblables à ce qu’ils voient sur leurs écrans, ils ne sont plus de vrais gens ".
Dans la recherche d’une explication de la course aux programmes de « télé-réalité », nous sommes confrontés à la réalité de leur fiévreuse quête de gains rapides en vendant les rêves et les émotions fortes, et non pas leur souci de découvrir des talents artistiques. Ces programmes sont l’une des plus grandes attractions des spectateurs, ainsi que des annonceurs, car ces programmes dépendent du financement de certains sponsors, en échange de l’affichage d’annonces et de la promotion de leurs produits par les participants, comme les vêtements, les parfums ou les produits cosmétiques. En outre, les appels téléphoniques sont devenus une mine d’or pour les opérateurs de télécommunications et pour la télévision, en plus des revenus des sous-produits tels que les cassettes et les films.
Ce qui explique que les chaînes de télévision qui diffusent ce genre de programmes sont des investissements privés, et non pas des chaînes gouvernementales.
Par conséquent, ces programmes sont en quête de profits rapides par le biais des émotions fortes, plus qu’ils sont intéressés par les talents.
Vos commentaires
commentsAnonyme Depuis plus de 2 ans il y a
J’adore Basma. Si c’est possible, j’aimerais te voir, Basma.
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Anonyme Depuis plus de 2 ans il y a
Je suis d’accord avec Mme Saloua sur ce qu’elle a dit, surtout concernant l’arbitrage et les jurys. Comment le public – avec tout mon respect – peut-il être le juge dans un domaine qui requiert des années d’études approfondies? Est-il concevable, par exemple, que n’importe qui puisse se prononcer sur la médecine ou l’ingénierie? Pourquoi donc ce mépris envers la musique? N’est-elle pas une discipline qui a des pionniers et des spécialistes? Finalement, j’aurais aimé que ces programmes s’orientent, rien qu’une fois, aux conservatoires marginalisés afin d’y sélectionner des talents académiques, pour que ces programmes soient fidèles à leurs noms.
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Anonyme Depuis plus de 2 ans il y a
Je pense que cet excellent article traite de tout ce qui doit être écrit ou commenté. Merci, Mlle/Mme Saloua.
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idder_mahdi Depuis plus de 2 ans il y a
Madame, je suis journaliste, et je voudrais savoir votre avis sur la situation professionnelle des femmes journalistes, et sur plusieurs d’autres sujets dans ce domaine. Si c’est possible, je voudrais vous envoyer mes questions par e-mail. Veuillez agréer, Madame, l’expression de ma très haute considération.
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