La liberté d’expression, un rêve toujours caressé

Khattat Par: Mohamed Mohamedou Khattat

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Au Maghreb, les pouvoirs quels qu’ils soient, c’est du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », en ce sens qu’ils reconnaissent avec un brin d’orgueil rusé que « la liberté de la presse et le droit à l’information du citoyen sont des droits inaliénables ».

Mais de là à appliquer cette loi, à protéger ce droit du citoyen, il y a un pas, synonyme à leurs yeux de fin apocalyptique, qu’ils ne franchissent jamais.

Et comble du caricatural, ce n’est ni la profession, ni les professionnels, ni la diversité des médias qui font défaut: les chaînes de télévisions locales pullulent, les radios, les journaux papiers et électroniques crèvent les yeux. Mais ces changements cosmétiques ne traduisent en rien la liberté d’expression et encore moins la liberté de presse : c’est tout simplement du « sois belle et tais-toi ».

Car la réalité est toute autre, cette diversité n’étant pas une pluralité et est créée plutôt pour réconforter le pouvoir en place. D’ailleurs, il n’échappe à personne que ces médias sont mis au pas dans la plupart des pays du Maghreb arabe et que ceux qui font de la résistance le paie cher, un simple prétexte de vol de sac à main d’une femme étant suffisant pour conduire en prison le directeur de publication d’un journal. Même pas l’atteinte aux principes de l’Islam ou à la crédibilité de l’Etat, ou à l’intérêt général ou l’ordre et la sécurité publics.

Et c’est sans doute ce qui explique que lors du récent classement annuel 2010 de la liberté d’expression dans le monde publié par Reporters Sans Frontières, nos pays du Maghreb arabe se sont retrouvés, comme à l’accoutumé parmi les mauvais élèves : la Mauritanie (77ème), le Maroc (97ème), l’Algérie (126ème), la Tunisie (148ème) et la Libye (152ème).

Pourtant une presse autre que celle officielle existe et se veut indépendante et privée. Or, pour que survive cette presse libre face aux puissants médias des Etats et pour qu’elle joue son rôle de chien de garde de la société voire de contre-pouvoir, il faut d’abord lui garantir la liberté d’accès à l’information (ce qui n’est pas donné à priori) et ensuite la laisser s’exprimer avec toute indépendance, loin des poursuites judiciaires et de toute censure (ce qui ne saurait être à moins de changer des pouvoirs en place depuis des générations.

Non seulement la presse libre ne peut avoir les moyens de la presse de l’Etat mais elle est avant tout confrontée à ses propres difficultés financières qui, à elles seules, réduisent sa « liberté ». Ajoutons à cela que l’aide publique n’étant pas à portée de main et la publicité qui est sa principale source nourricière dépendant de la volonté des annonceurs qui sont en premier l’Etat, la presse privée vend parfois son âme au diable.

C’est dire que la liberté d’expression, vue sous cet angle de la presse libre ou privée n’est pas encore une réalité intrinsèque de la société maghrébine, mais reste un rêve toujours caressé par les maghrébins.

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