Service de Magharebia
Par: Said Elakhal

Les sociétés arabes connaissent une mobilité sociale et politique autour des droits de la femme, son statut juridique, et son considération en tant que citoyenne ; tandis que la situation des femmes diffère d’un pays arabe à un autre.
Les droits politiques et civils dont jouissent les femmes dans les sociétés maghrébines (le droit de vote, de nomination, et l’occupation de postes politiques et judiciaires, etc), ne sont pas offerts aux femmes dans certaines sociétés du Golfe, comme l’Arabie saoudite.
Les associations féminines démocratiques et les organisations des droits de l’Homme travaillent d’arrache-pieds pour accorder plus de droits aux femmes. Toutefois, les forces conservatrices représentées par le courant de l’islam politique en alliance avec le courant tribal, résistent agressivement aux revendications des femmes en adhérant aux valeurs et coutumes nomades, qu’ils transforment en dispositions doctrinales recouvertes de religion afin de contraindre le Parlement et le gouvernement à les respecter, comme cétait le cas au Koweït, en Egypte, en Arabie saoudite et en Algérie. En fait, le Président Bouteflika et le parlement algérien ont dû abandonner la première version du Code de la famille qui a éliminé la présence obligatoire d’un tuteur légal pour le contrat de mariage d’une femme adulte.
Ce même courant a tenté de mettre les bâtons dans les roues au projet de la Moudawana au Maroc, mais l’efficacité des associations féminines et des forces démocratiques, et le soutien du Roi aux questions relatives aux femmes, ont donné une impulsion forte et significative aux droits des femmes. La Moudawana a apporté des changements substantiels en termes des droits de la femme, fixant l’âge minimum légal du mariage à 18 ans, et accordant aux femmes le droit de tutelle sur elles-mêmes, le droit d’accumuler les biens matrimoniaux, et le droit au divorce qui était, jusque là, exclusif aux hommes.
Ces gains ont été renforcés au Maroc en ratifiant des conventions prévenant toutes formes de discrimination contre les femmes, ainsi qu’en leur offrant le droit de donner leur nationalité à leurs enfants issus de mariages mixtes. Afin d’assurer la protection nécessaire et efficace aux familles et femmes maghrébines, leurs gouvernements doivent s’ouvrir aux expériences pionnières, notamment en Tunisie et au Maroc, et suivre leur exemple en modifiant les clauses qui dégradent les femmes et les exposent à l’exploitation et à la marginalisation.
Les modifications apportées à la Moudawana au Maroc depuis 2004 ont certainement eu des répercussions positives sur la famille et la société, même si peu de temps s’est écoulé depuis leur application. Certains de ces résultats positifs sont les suivants :
1 – La promotion de l’enregistrement des mariages : de nombreuses familles dans les campagnes et les zones rurales ont eu l’habitude de marier leurs fils et filles en récitant simplement al-Fatiha devant des témoins et des membres de la famille, sans documenter le mariage devant les Adouls (notaires).
Grâce à la Moudawana et à la campagne de sensibilisation l’accompagnant, le rythme de la documentation des mariages a accéléré, et le nombre d’enregistrements a progressé comme suit : 6 918 cas en 2004, 14 817 cas en 2005, 16 832 cas en 2006, 18 751 cas en 2007, et 23 390 cas en 2008.
2 – L’atténuation du phénomène du mariage des mineures de moins de 18 ans : un total de 33 253 mariages a été enregistré en 2009, soit 10,58 pour cent du nombre total des mariages, sachant que 96 pour cent des filles qui sont autorisées à se marier ont presque 18 ans.
3 – Le recours des femmes à la procédure de désunion constituant 94 pour cent du nombre total des cas de divorce en 2009. Cette augmentation du nombre des divorces « shiqaq », ou procédure de désunion, protège les femmes contre l’extorsion et l’exploitation exercées par les maris en cas de divorce Khul’ (le divorce en échange d’une compensation par les épouses).
4 – La baisse significative du taux de divorce : 27 935 divorces en 2008, baissant à 24 170 cas en 2009.
Malgré les résultats positifs apportés par la Moudawana, le manque de sensibilisation au sujet de ses articles et la domination masculine qui prévaut chez certains juges, nécessitent l’intensification des efforts gouvernementaux pour activer la Moudawana, en vue d’assurer la stabilité familiale et protéger les droits des femmes et des enfants.
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