Service de Magharebia
Par: Said Elakhal

Al-Qaïda applique sans doute une stratégie multidimensionnelle, à la fois en termes d’expansion des zones de ses opérations et de détermination de la nature des cibles à détruire, et aussi en termes de la nouvelle génération de recrues qui vont mener des opérations terroristes contre des cibles occidentales. Al-Qaïda se concentre clairement sur les zones de tensions, comme la Somalie et le Yémen, ou encore sur les domaines qui manquent de contrôle sur la totalité de leurs territoires et leurs frontières avec les pays voisins, comme c’est le cas des États sahélo-sahariens. Ces derniers offrent des opportunités énormes en termes de liberté de mouvement et de formation, et de construction de bases-arrières pour mener des attaques terroristes.
L’Afrique offre des conditions favorables à al-Qaïda pour étendre son réseau et tisser des liens avec des réseaux de trafic d’armes, de drogue et d’êtres humains, qui sont actifs dans de nombreuses régions africaines. M. Muhammad Madani Al-Azhari, le secrétaire général de la communauté “des États sahélo-sahariens”, a mis la région en garde contre les dangers de cette coordination lors de la réunion qui s’est tenue le 25 Janvier, 2010, à Tripoli, en Libye.
La coordination entre al-Qaïda et les gangs de contrebande est devenue une réalité, prouvée par les éléments arrêtés, et les quantités de drogues qui sont constamment saisies par les armées en Mauritanie, au Maroc ou en Algérie. La Gendarmerie royale du Maroc a récemment saisi environ six tonnes de drogue de Chira, le 30 avril 2010 ; d’ailleurs, de nombreuses bandes qui comprenaient des contrebandiers et des extrémistes ont été aussi démantelées. Ce n’est pas la première fois que les autorités découvrent l’existence d’une coordination entre des groupes extrémistes affiliés à al-Qaïda d’un côté, et des réseaux de contrebande de l’autre côté. Les organisations de sécurité sont habituées à ce genre d’activités qui sont permises par les extrémistes.
Pour atteindre leurs objectifs, al-Qaïda et toutes les organisations extrémistes qui y sont associées ou qui sympathisent avec elle, autorisent l’utilisation de toutes les méthodes et activités possibles, même si elles sont interdites par la religion. A cet effet, al-Qaïda n’hésitera pas à établir des liens ciblés avec des gangs criminels ou des groupes rebelles contre des gouvernements, quel que soit leur bagage idéologique ou motifs ethniques. Les objectifs stratégiques d’al-Qaïda incluent d’attaquer les intérêts occidentaux en Afrique, pour plusieurs raisons, principalement :
1 – Soulager la pression pratiquée sur al-Qaïda en Afghanistan et en Irak par les armées occidentales.
2 – Diriger l’opinion publique occidentale contre ses gouvernements afin d’inciter ces derniers à retirer leurs armées des pays musulmans.
3 – Élargir la base de recrutement de l’organisation et des cellules associées, en dupant les jeunes pour défendre les intérêts de la nation islamique contre les pays occidentaux qu’al-Qaïda tient pour responsables de la détérioration des pays musulmans.
4 – Exploiter les médias, que ce soit pour les menaces dirigées par al-Qaïda à l’Occident à toute occasion (Noël, les élections présidentielles – en particulier celles américaines et britanniques -, la promulgation de lois interdisant le port du Hijab en France ou en Belgique, la Coupe du Monde, etc.), ou pour les opérations terroristes menées par l’organisation ou celles qu’elle échoue à mettre en œuvre. Al-Qaïda vise à donner l’impression qu’elle est en constante évolution et expansion, et que la guerre de l’Occident contre le terrorisme, dirigée par les États-Unis d’Amérique, n’a pas altéré sa détermination et sa force.
Nous sommes donc confrontés à une organisation multicellulaire, qui se développe à l’horizontale, créant ainsi des cellules qui ont des plans indépendants du centre. Ce qui augmente le danger de cette organisation et complique la surveillance ou la détection de ses plans de sabotage est son adoption d’une nouvelle génération de terroristes insoupçonnés qui peuvent se déplacer facilement entre les pays, comme ce fût le cas du jordanien Hammam al-Balawi, connu sous le nom d’Abou al Dujana-Khorasani, qui a effectué un attentat-suicide contre des membres du renseignement américain en Afghanistan; ou le nigérian Omar al-Farouk, qui a tenté de faire sauter un avion américain à Detroit ; ou le psychiatre Major Nidal Malek Hassan, qui a tué 13 personnes et blessé 38 autres à la base américaine de " Fort Hood ", en Novembre dernier.
Al-Qaïda n’hésitera donc pas à faire sauter des stades et tuer des milliers de personnes innocentes si elle trouve un moyen de le faire. Une organisation qui fait exploser des mosquées avec des fidèles à l’intérieur, n’hésitera pas à faire sauter des stades avec des spectateurs à l’intérieur.
Terroriser les populations innocentes est une foi sur laquelle se base l’organisation. En fait, les membres de cette organisation jubilent à la vue du sang et des débris humains, comme mentionné dans un article menaçant publié par la revue " al-Mushtaqun Ila al-Jannah " (ceux qui aspirent au paradis), et écrit par " Ubadah Ibn al-Samit ", en disant : " Une rencontre entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, diffusée en direct dans le monde entier et avec un stade rempli de spectateurs, serait une occasion parfaite. L’explosion gronderait à travers la planète et les cadavres se compteraient par dizaines, par centaines. 50 grammes sont suffisants pour une telle opération ". Ainsi, la responsabilité repose sur les épaules des autorités en Afrique du Sud, et sur tous les organismes de renseignement et de sécurité dans le monde, afin de faire face aux plans et cellules d’al-Qaïda qui est devenue transcontinentale.
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