Service de Magharebia
Par: Iqbal Al Gharbi

Depuis les années 1950, le tourisme international connaît une croissance soutenue : 700 millions de personnes ont voyagé à travers le monde en 2000 contre 25 millions en 1950. Au niveau planétaire, le tourisme se place parmi les premières activités mondiales. Il assure le tiers des exportations de services et occupe 200 millions de personnes dans le monde. Avant les attentats du 11 septembre 2001, l’industrie touristique était en passe de devenir la première activité économique mondiale.
Depuis cette crise, le terrorisme a plongé le monde des voyages dans une crise sans précédent. La sécurité est devenue la préoccupation majeure de tous les acteurs du tourisme.
Ces faits indiquent que le terrorisme constitue aussi une forme de " guerre économique ", menée par des entités locales ou transnationales qui visent la déstabilisation et la désorganisation de la stabilité économique et financière d’un État, d’un groupe d’États ou d’une société pour des motifs idéologiques ou religieux. Ce terrorisme économique peut avoir des effets immédiats ou infliger des effets psychologiques qui, à leur tour, peuvent avoir des conséquences économiques à long terme.
En multipliant les rapts d’Occidentaux aux confins du Sahel, l’organisation Al-Qaïda au Maghreb prouve qu’elle a adhéré à cette logique de terrorisme économique.
L’ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, algérien) qui a revendiqué l’enlèvement de deux touristes autrichiens dans le sud tunisien en mars 2008, la prise d’otage de quatre touristes européens kidnappés aux confins du Mali et du Niger en janvier 2009, sans oublier le rapt des diplomates canadiens en décembre 2008, est inspiré par le battage médiatique, par la rançon, mais aussi par une réelle volonté de nuire au tourisme régional.
En effet, le tourisme assure un pourcentage élevé des recettes des pays africains et le secteur touristique représente une part essentielle de leur PNB. Il contribue à des investissements internationaux qui, souvent, développent et financent des infrastructures lourdes. De ce fait, beaucoup le considèrent comme une recette facile et presque miraculeuse pour les économies africaines.
La place du tourisme dans l’économie de la région ne se limite pas au poids relatif de l’hôtellerie et de la restauration dans le PIB. L’activité touristique se diffuse dans l’ensemble de l’économie. Les secteurs auxquels s’adresse la demande des touristes sont souvent caractérisés par des taux de valeur ajoutée assez importants.
Pour l’économie tunisienne, par exemple, le tourisme représente 6,5% du PNB et 100.000 emplois directs et au moins 300.000 emplois indirects. Khelil Lajemi , ministre tunisien du tourisme , affirme que si l’on compte l’artisanat, la nourriture, l’ameublement et le transport, le tourisme doit faire vivre un million de personnes sur une population de dix millions d’habitants.
L’action de l’AQMI dans la région, outre le sentiment d’insécurité qu’elle perpétue dans certains pays et la mauvaise publicité qu’elle leur fait endurer, entraîne une désaffection du tourisme. En outre, la lourde prise en charge de la lutte contre ce phénomène fragilise gravement les économies des Etats.
Ce phénomène, originairement présentée depuis les élections de 1992, comme une affaire «algéro-algérienne», à travers l’action du GSPC, a très vite pris des propensions transnationales. Il faut aussi signaler que plusieurs foyers régionaux de tension comme le conflit du Sahara Occidental ou la rébellion Touareg au nord Mali et au Niger, sont identifiés comme des circonstances peu propices à une attitude commune dans la lutte contre les groupes armés dans la région. Ces foyers constituent un terrain de prédilection pour Al Qaida, à partir duquel ses agents pourraient mener des actions contre le Nord de l’Afrique et l’Europe.
Les attaques perpétrées couramment en Algérie et en Mauritanie ainsi que les séries d’enlèvements de touristes et de diplomates apportent des capitaux et de la publicité exceptionnelle pour une organisation en quête de recrues jeunes et influençables.
Quelle stratégie adopter alors face à une réelle volonté de déstabilisation politique, économique et sociale ?
Pour enrayer le terrorisme, une coopération des états de la région est primordiale. Cette coopération aura pour finalité la création d’une zone de paix, de stabilité et de prospérité grâce à une politique multidimensionnelle qui devra combiner plusieurs facteurs : la quête de la sécurité, le renforcement du co-développement, une meilleure gestion de la diversité et l’amélioration de la compréhension mutuelle entre les peuples, des cultures et les religions.