Le tourisme sexuel au Maghreb ou la persistance du sous-développement…

Khémaisphoto Par: Khémais Khayati

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Il y a de cela une trentaine d’année, un jeune cinéaste tunisien avait réalisé un court métrage en noir et blanc au titre révélateur. C’était « Seuil Interdit » – «al-Atabat al-Mamnu3a » – de Ridha Béhi…

Ce film racontait les premiers effets du tourisme de masse. A cette époque, la Tunisie, tout comme le Maroc, axait son développement sur l’envie des citoyens de l’Europe de l’ouest de se payer un dépaysement à bas prix… Une de ces citoyennes, une jeune fille n’ayant aucune connaissance de la culture du pays d’accueil s’est aventurée dans le minaret de la Grande Mosquée de Kairouan, quatrième ville sainte de l’Islam sunnite…

Par malheur, elle a été suivie par un marchand de cartes postale à la sauvette qui n’en peut plus de privation sexuelle face à « cette chaire exposée »… Et là, au sommet du minaret, un viol a été tenté… Il fut condamné à mort…

Le metteur en scène a développé ce propos avec des termes plus globaux dans son long métrage « Soleil des Hyènes » (1976) – « Chams al-Dhiba3 » – dont le tournage, interdit en Tunisie, a été réalisé au Maroc…

L’autre cinéaste tunisien, Nouri Bouzid, a élaboré la question du tourisme sexuel dans son film « Bezness » (Baznâs) (1992) mais d’un versant différent de celui de Béhi, à savoir le périple d’un gigolo prêt à vendre son corps aux touristes hommes comme femmes…

Ces deux vues : celle d’un jeune homme attiré par les charmes d’une touriste et celle d’un jeune homme prêt à se vendre à un/une touriste sont deux visions complémentaires…

Le tourisme sexuel qui existe en Tunisie comme au Maroc ne vit pas seulement du « sous développement » maghrébin mais aussi du besoin de l’Autre… Les deux partenaires qui font exister ce genre de pratique sont tout autant responsables l’un que l’autre, sauf que pour l’un c’est une solution à la misère sociale et pour l’autre un palliatif à la misère sexuelle…

Des deux côtés, nous sommes face à une misère à différents degrés…

Cette situation n’est pas sans créer un marché des sentiments… Plusieurs affaires ont éclaté au grand jour au Maroc comme en Tunisie où les autorités ont stoppé net un commerce du sexe…

Si au Maroc, l’enclave de Sebta et Mellila ou les rivages de l’Espagne peuvent être un repaire pour ce marché du sexe en dehors de ce que présente la ville de Marrakech, la ville de Hammamet et même Sousse en Tunisie ont maintes fois était le théâtre où de vieux touristes européens (hommes comme femmes) ont été assassinés par de jeunes tunisiens à qui la promesse de les sortir de la misère sociale n’a pas été tenue soit par lassitude sentimentale soit par remplacement de l’élu à l’émigration…

Dans un cas comme dans l’autre, le tourisme sexuel au Maghreb, même s’il n’est pas patent comme dans certains pays d’Asie, beaucoup de retraités européens y trouvent un havre pour assouvir leur manque sachant l’effet du mirage européen, la différence de change entre l’Euro et le Dirham marocains ou le Dinar tunisien ajouté au mythe de la vigueur sexuelle des pays du sud de la méditerranée…

Le tourisme sexuel n’est qu’une forme d’expression de l’écart de développement qui sépare les deux rives de la méditerranée…

Vos commentaires

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Anonyme Il y a plus de 2 ans

Des quatre panélistes j’ai choisi de réagir à K. Khayati que j’ai trouvé le plus concret et le plus éloigné de la langue de bois, des prêches moyen-âgeux qui ne mènent nulle part et du jargon socio-économique. Toutefois je remarque une lacune, bien compréhensible, dan son analyse: le rôle de la dictature dans la propagation de la prostitution dans les pays du Maghreb. Il ne fait aucun doute qu’à la base il y a un problème économique: celui de la pauvreté et du chômage. Dans des pays touristiques comme le Maroc et la Tunisie l’écart entre les riches, proches du régime, et les citoyens ordinaires est souvent vertigineux. Tant en ce qui concerne leur fortune que leur influence. Les privilégiés n’ont aucun mal à régler leurs affaires par des magouilles ou l’intimidation des services publics. Les démunis doivent payer des pots-de-vin et s’ils n’ont pas les moyens, c’est en nature qu’ils doivent régler la facture pour accéder à un droit. Ceci n’a bien sûr rien à voir avec le tourisme auquel je me tourne maintenant. Je me rappelle une phrase de Bourguiba, pionnier de l’industrie touristique en Tunisie, dans l’un de ses discours. Parlant des touristes étrangers, il menaçait de punir les Tunisiens qui manqueraient de courtoisie vis à vis de ces touristes car les touristes, disait-il, ’c’est des devises’. Cette pensée matérialiste pour construire une nouvelle société dans un pays récemment indépendant n’a fait qu’empirer pendant son règne et s’aggraver davantage avec le régime putchiste actuellement au pouvoir. L’argent est devenu la valeur qui s’est substituée au respect de l’être humain, et seuls comptent ceux qui en possèdent, quel que soit le moyen utilisé. Dans ce contexte une nouvelle génération de parasites a vu le jour qui considère le touriste comme une proie à exploiter

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Anonyme Il y a plus de 2 ans

Ridha Béhi… je me souviens de Soleil des hyènes vu à Marly, dans un de ces stages de la FFCC … de Sedjnane (c’était de Behi ??) … sur le tourisme sexuel, que dire ? que c’est une plaie … l’une de celles que véhiculent et le capitalisme et la mondialisation … bien sûr.
Qu’il y a loin du tourisme de cartes postales et de vidéos flatteuses à la réalité économique, aux finasseries de la politique …

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