L'université et les défis du marché du travail

Monia Par: Monia Ferjani

100106-zawaya-pic

Depuis leur création au cours de l’indépendance, les universités maghrébines ont toujours eu un rôle de premier plan dans le domaine de formation cognitive dans son sens académique. Ce sont les premières générations de diplômés qui ont bâti l’Etat moderne selon les besoins de cette époque là. Ainsi, les compétences nationales prirent les rênes dans différents domaines tels que l’ingénierie, l’éducation, la médecine, etc., pour mettre fin à une domination étrangère qui a duré très longtemps.

Toutefois, le nouvel ordre mondial et les changements urgents qui se sont produits dans nos sociétés, ainsi que la récente crise économique, sont autant de facteurs qui ont aggravé le problème du chômage, surtout pour les diplômés universitaires, en dépit de l’abondance des ressources naturelles, humaines, et matérielles qui – si mieux exploitées – auraient pu permettre aux pays du Maghreb d’offrir à nos jeunes des opportunités non négligeables d’emploi, et d’éradiquer de nombreux maux sociaux tels que l’extrémisme religieux, la violence, la pauvreté, la criminalité, et l’immigration.

Alors pourquoi ne peut-on pas doubler les opportunités d’emploi afin d’absorber le nombre croissant de diplômés ? Le problème réside-t-il dans le développement et la faible structure du marché du travail qui a besoin, de façon urgente, de plus de souplesse ? Ou est-ce la disponibilité de postes de travail accompagnée, toutefois, par un manque de compétences appropriées pour les occuper ? S’il s’agit de ce dernier cas, alors force est de constater que nos universités produisent des compétences indésirables, gaspillant ainsi les fonds publics, et réduisant les chances de nos pays à rattraper les rangs des pays développés.

Nul ne peut nier que les emplois les plus demandés aujourd’hui sont ceux des fournisseurs de services médicaux, biologiques, et environnementaux ; les ingénieurs d’informatique, de sécurité informatique, de réseaux, et d’applications ; le personnel de la bourse, du conseil financier, et des assurances ; les employés et travailleurs de la fonction publique, services administratifs, hôtellerie, tourisme, loisirs, prêt-à-manger ; et les spécialistes des services d’enseignement, aménagement intérieur, industries légères, communication, médias, et publicité.

Nos universités accordent-elles une importance primordiale à l’enseignement de ces compétences, ou persistent-elles encore à enseigner les langues, sciences humaines, et sciences exactes ? On ne veut absolument pas marginaliser ces domaines, parce qu’ils sont essentiels pour la connaissance et l’innovation afin de servir le projet culturel que nous cherchons à concrétiser. Mais ne serait-il pas utile de revoir l’équation pour y inclure les besoins de la société et du développement ?

Si l’université n’est pas en mesure d’adapter l’enseignement aux besoins du marché de travail et aux désirs des étudiants, alors elle a vraiment un grand problème.

Comment l’université peut-elle surmonter ce problème afin de devenir une institution de formation d’individus qualifiés et convenables pour l’ère de l’économie de la connaissance soutenue par les technologies de l’information, et ayant des compétences fonctionnelles, techniques, productives, et professionnelles ?

Ceci peut être réalisé si les universités adoptent une nouvelle stratégie en traitant positivement les emplois existant, et en préparant les étudiants pour occuper ces postes. Elles doivent également abandonner leurs traditions académiques, s’ouvrir aux institutions, et faire participer les employeurs aux séances de formation au profit des étudiants, afin de préparer ces derniers pour le marché du travail.

Les étudiants ont également leur part de responsabilité dans ce problème, puisqu’une grande proportion d’entre eux ne considère pas le parcours universitaire comme une occasion pour acquérir des compétences qui vont les qualifier pour accéder au marché du travail, mais plutôt comme un moyen pour s’élever dans l’échelle sociale, ce qui explique leur choix ou désir pour certains domaines plus que d’autres, puisque la société est toujours séduite par les carrières en droit, médecine, architecture, et éducation. Les étudiants doivent bien choisir les spécialités qui leur permettront d’accéder au marché du travail selon les nécessités du développement. En même temps, l’université devrait être plus flexible en ce qui concerne la définition des spécialisations et la détermination du nombre d’étudiants à y accéder, et contrôler ces spécialisations pour servir les choix de l’économie maghrébine.

En somme, je crois qu’il y a besoin urgent de réformer le système d’enseignement supérieur, et orienter les étudiants vers les études qui leur offriront des opportunités d’emploi. En plus d’être un temple du savoir, l’université devrait également devenir un organisme de formation pour satisfaire les exigences des marchés d’emploi local et les priorités des marchés internationaux. Il est également nécessaire d’améliorer l’enseignement professionnel et technique pour renforcer les capacités de la main-d’œuvre en mettant l’accent sur l’application des normes de qualité, et la promotion d’une culture technologique.

Publiez vos commentaires immédiatement ! Enregistrer

1800 caractères restants (1800 max)

Entrer les chiffres
Button

Autres opinions

Les infos de Magharebia