Service de Magharebia
Par: Elycheikh Ahmed Telba

L’équation entre les universités du monde arabe avec leurs programmes dépassés et obsolètes d’une part, et les ambitions des hommes d’affaires sans scrupules qui ne s’intéressent qu’au profit même au détriment des systèmes sociaux et moraux d’autre part, est très difficile.
Les étudiants se plaignent d’être perdus dans la grande distance entre les deux ; une distance qui se dresse comme une barrière insurmontable les empêchant de pénétrer le marché du travail dominé par des règles qui ne sont pas enseignées dans les universités.
Les programmes scolaires, et universitaires en particulier, ne cherchent pas à combler cet énorme gouffre, ni à atténuer la flagrante contradiction qui mène à la production et la reproduction du chômage, et même à sa consommation comme si c’était un produit de base nécessaire dans la vie quotidienne. Les universités dans les pays arabes en général, et dans la plupart des pays du Maghreb arabe, sont comme des pépinières qui produisent des fleurs, dont beaucoup se fanent avant de diffuser leur belle odeur. De façon similaire, les étudiants universitaires se dépriment après l’obtention de leur diplômes en constatant qu’ils ont perdu leurs efforts, argent, et temps à acquérir des connaissances qui n’ont aucun rapport avec les exigences des hommes d’affaires, maîtres du marché du travail, et propriétaires du capital. Cette perte détruit et diminue les chances des étudiants qui représentent l’essence même du capital culturel et humain, et réduit et limite par la même occasion le capital commercial en raison du manque de la main-d’œuvre.
Nos universités visent la quantité plutôt que la qualité. Ce qui importe pour elles, c’est d’augmenter le nombre de diplômés, chômeurs, manifestants devant les parlements, ceux qui errent devant les bureaux et administrations, ainsi que ceux qui supplient les hommes d’affaires analphabètes pour obtenir un emploi qui leur permettra de gagner leur pain, et peut-être préserver leur dignité que les diplômes universitaires n’ont pas pu préserver.
Quant aux hommes d’affaires, ou le jeu de mots que l’on appelle le secteur privé par opposition au secteur public ou gouvernemental, ils sont devenus beaucoup plus spécifiques, car ils cherchent rarement à mettre en place des plans d’action, ou établir des projets visant à contribuer à la formation ou intégration des diplômés universitaires en vue de tirer profit de leur potentiel et auto-maturité. Les hommes d’affaires cherchent un capital humain qui est prêt pour l’exploitation, et visent à multiplier leur profit même si cela pourrait conduire à la destruction des individus.
Par conséquent, les étudiants deviennent dans la plupart des cas des victimes du chômage qui est une conséquence inévitable de la contradiction existant entre les programmes d’études et les exigences du marché du travail. Pour surmonter cette contradiction et combler cet immense gouffre, il faudrait, d’abord et avant tout, concevoir et coordonner une politique qui réunira les universités et les hommes d’affaires pour l’emploi du véritable capital, dans un souci de promotion et de développement des peuples qui sont représentés par les générations de demain et les hommes d’aujourd’hui.