Service de Magharebia
Par: Iqbal Al Gharbi
Un phénomène qui nous étonne.
“Juger n’est pas comprendre, car si l’on comprenait, on ne jugerait pas.” André Malraux
En ce début de millénaire, et particulièrement depuis le 11 septembre, les nouveaux paysages qui se dessinent devant nos yeux se caractérisent notamment par une inflation de la violence ainsi que par un débordement des passions dans le domaine du politique. Ces passions viennent contrarier une vision moderne qui les exclut et qui nous a promis le respect du sujet individuel, la solidarité, la tolérance, la rationalité, soit l’exclusion de la passion et du tragique du champ des relations humaines. En effet, depuis l’antiquité, philosophes, moralistes et politiques ont tenté de gérer, de rationaliser les conflits et la violence considérés comme dérèglement des passions humaines. Ces dernières années, l’attentat suicide ; l’archétype même de l’acte brutal de violence ; est venu contrarier cet effort civilisationnel entrepris par l’humanité pensante. La géopolitique contemporaine semble, par conséquent, éprouver du mal à percevoir une menace qui échappe à ses règles.
Un Maghreb défiguré par le terrorisme :
Le Maghreb a connu des ppérations violente au cours des luttes nationales. Ces opérations visaient la plupart du temps les forces de l’occupation, avaient une stratégie bien définie et étaient limitée dans l’espace et dans le temps.
Aujourd’hui, l’idéologie d’al Qaida interprète le djihad non pas comme une obligation collective ou une tactique guerrière mais plutôt comme une responsabilité morale individuelle qui va au-delà du pragmatisme politique. Certains jihadistes croient qu’ils participent à une bataille finale mythique et apocalyptique contre le Mal. D’ailleurs, l’ordre du jour d’al Qaida, ce n’est guère les situations palestiniennes ou irakiennes mais plutôt un retour mythique vers un islam pur et originel et la reconstruction de la oumma musulmane.
Certes, les injustices historiques, les traumatismes nationaux constituent un vivier de la violence, les humiliations, les atteintes à la dignité humaine peuvent générer le pire. Toutefois, et en dépit des facteurs qui légitiment le recours à la violence, un consensus se dégage dans la définition du terrorisme : on ne définit pas un acte terroriste à partir des objectifs affichés par le groupe et des finalités de son action mais à priori à partir des modes d’actions choisies par le groupe.
La mondialisation, la libre circulation de l’information, la révolution médiatique ont participé à l’installation du terrorisme au Maghreb.
Aujourd’hui, les groupes terroristes sont le reflet de la mondialisation. Souples et autonomes, peu hiérarchisés et verticalisés, utilisant l’Internet ; constituant un réseau complexe ils sont à l’images le l’internationalisation des causes et des conflits.
Des kamikazes en quêtes de sens :
Plusieurs combattants enrôlés dans des milices irakiennes ont été expatriés au Maghreb. Selon certains experts , environ 100 combattants maghrébins sont soupçonnés d’avoir rejoint l’Organisation al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) suite à leur retour .Ils vont se retrouver déracinés, sans emploi, sans qualification et sans ressource. Pour s’adapter à leur nouveau contexte, ils ont besoin d’une prise en charge psycho-sociologique, d’un plan de reclassement ou de réhabilitation, de signes de compensation. Abandonnés à leur sort, ces laissés-pour-compte des jeux des alliances vont cristalliser leur dénuement et leurs frustrations dans la violence aveugle.
Par ailleurs, dans l’engagement terroriste, les conflits irakiens ou palestiniens sont des facteurs de motivation déterminants et critiques ; toutefois, chaque cas individuel demeure unique.
A l’échelle individuelle, c’est quand l’horizon du futur est perçu comme bloqué, quand le sentiment que l’on ne peut pas réaliser son idéal dans la vie prévaut qu’on se projette vers la mort.
La mort devient, paradoxalement, le lieu de réalisation de soi.
De ce fait le terreau du terrorisme, au Maghreb, nous parait dense et multifactoriel. La violence terroriste est générée par :
- La déstructuration des solidarités traditionnelles qui nécessitent l’édification de nouvelles solidarités modernes basées sur la citoyenneté.
- La misère et le chômage des jeunes qui bloque les mécanismes de socialisation des jeunes maghrébins.
- La marginalisation des sciences humaines au sein des écoles maghrébines, qui apprennent à douter et à avoir un recul philosophique par rapport à la condition humaine et qui relativisent la quête de l’absolu.
- La démission des élites religieuses totalement dépendantes des pouvoirs en place, décrédibilisée et incapables d’encadrer les jeunes afin qu’ils ne sombrent plus dans les abîmes de l’extrémisme et du terrorisme.
Beaucoup de jeunes gens appartenant au Maghreb, aux pays du… plus
Le retour de combattants maghrébins et nord africains du jihad… plus
Les faits et événements terroristes associés au retour des combattants… plus
Vos commentaires
commentsAnonyme Il y a plus de 2 ans
{Certains jihadistes croient qu’ils participent à une bataille finale mythique et apocalyptique contre le Mal.} Ceci est une citation de l’article publié ci-dessus, " certains jihadistes croient "… Chère Madame, ces jihadistes ont-ils exprimé cette opinion eux mêmes ou est-ce juste une supposition ? S’ils l’ont exprimées, alors vous auriez dû mentionner leurs noms ; mais si c’était juste une supposition, je pense qu’il est plutôt difficile de pénétrer les esprits des gens pour savoir leurs croyances ou les juger sans savoir la vérité. La croyance émerge du doute, et le doute ne peut légalement être la base d’aucun procès… Salutations, Farid Bocas, journaliste chercheur, Espagne.
Signaler un abus