Service de Magharebia
Par: Driss Ben Ali
La croissance économique est-elle un bon indicateur de prospérité et de bien être ; faut-il tendre à la maximiser ?
Aucune théorie ne prescrit le taux de croissance maximal. Pourtant, comment ne pas se réjouir quand la croissance est forte, quand le chômage diminue, quand la pauvreté recule et nos pays du Maghreb s’éloignent des rivages du sous développement ? La croissance forte et continue est un impératif pour des pays en développement comme les pays de la région. Sans elle, ces pays resteront éternellement sous-développés et pauvres.
Toutefois , de nombreuses voix s’élèvent de manière chronique contre l’objectif de croissance forte, accusant cette dernière de dilapider les ressources épuisables, de ne pas coïncider avec le développement et finalement de ne pas être porteuse de bien-être. Par son ampleur même, la croissance forte pose gravement question : ne risque-elle pas de détruire les conditions nécessaires à la vie des hommes, c’est-à-dire le cadre naturel ?
En tout cas, ce qui est sûr aujourd’hui, c’est qu’on ne peut plus maintenir la domination du principe économique seul. La jonction du développement économique et de la préservation de l’environnement devient une exigence et impose une nouvelle approche du développement. En raison même des inconnues sur l’environnement, il est devenu impératif d’intégrer la prévention et la prudence pour ancrer le long terme dans les préoccupations collectives.
Dés lors, se pose, pour les pays du Maghreb la question de savoir : comment assurer leur croissance et leur développement sans saccager l’environnement et sacrifier l’avenir des générations futures ?
Difficile équilibre à réussir, surtout quand on est un pays en voie de développement qui a besoin de rattraper le retard économique et, par conséquent de réaliser des taux de croissance élevés. Ce qui est le cas notamment des pays du Maghreb. La connaissance des traits majeurs qui caractérisent l’environnement maghrébin est sa fragilité. Ce qui est important dans la mesure où elle permet de mieux saisir les difficultés que rencontrent les hommes – et les responsables – dans leur volonté d’assurer la cohérence entre croissance et préservation de l’environnement. Car le milieu se révèle particulièrement contraignant.
En somme, pour ces pays qui aspirent à accéder au rang des nations développées, la recherche d’une croissance forte et continue apparaît comme le seul moyen de finir avec le sous-développement. Encore faut-il ne pas accepter le postulat selon lequel il existe une relation mécanique entre le taux de croissance et le taux d’exploitation de la nature, entre le développement économique et la destruction de l’environnement.
Le développement durable est certes devenu en quelques années l’un des principes régulateurs de l’action publique, et les efforts déployés pour réconcilier croissance et développement ne peuvent être tenus pour négligeables.
Force est de reconnaître que sur la plupart des fronts, la situation est loin d’être sous contrôle. Dans le cas du Maghreb, le développement durable achoppe sur la composante montagnarde du développement maghrébin qui constitue « la prédominance des affleurements des roches meubles, associés à la vigueur des pentes et au caractère excessif des manifestations climatiques, et qui explique l’agressivité d’une érosion qui d’année en année, réduit la surface agricole dans des proportions pouvant, dans certaines régions, revêtir un aspect dramatique » (Jean Bisson).
D’un point de vue pratique, enfin, il y aurait beaucoup à dire sur les implications du terme « croissance ». Ne suggère-t-il pas les limites d’une conception strictement quantitative et peu pertinente ? « Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel », dit le proverbe.
L’expérience a montré qu’un bon nombre des évolutions qui sous-tendent uniquement la croissance ne pourront se prolonger tout le temps. La prospérité des peuples comme leur développement ne peuvent se réduire à une croissance destructrice du bien-être.