Service de Magharebia
Par: Baya Gacemi
« Comment appelle-t-on quelqu’un qui ne parle aucune langue étrangère ? Réponse : Un Américain ». Cette blague est très significative. Les Américains, maîtres du monde, n’ont pas besoin d’apprendre les langues des autres. En revanche, tout le monde apprend l’anglais, langage international des sciences et de la technologie, incontournable si l’on veut réussir une carrière ou des études de haut niveau.
Si bien que même les anciennes colonies britanniques l’enseignent et le parlent sans complexe. C’est dire que si une langue est le véhicule d’une culture, elle est avant tout le véhicule d’une puissance économique.
Mais si l’anglais, désormais assimilé aux Etats-Unis et pas à l’Angleterre, est trop « utile » pour être opposé aux langues locales, ce n’est pas le cas des autres langues. Le français par exemple, qui reste trop lié intellectuellement à un territoire, celui de la France, et surtout à une période, celle de la colonisation. C’est ce qui explique les réticences et les hésitations des Maghrébins face à l’enseignement du français.
Ainsi, en Algérie, depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1962, la place du français est sujette à polémique. Le débat s’est toujours déroulé sur le terrain idéologique, jamais scientifique : les défenseurs de l’enseignement du français (bien que timides parce que gênés d’être assimilés à l’ancien colonisateur) face aux arabisants (qui se considèrent comme les seuls vrais nationalistes, soucieux de préserver la culture du peuple).
Constituant de fait l’élite parce qu’ils étaient les seuls alphabétisés à l’indépendance, les francophones sont stigmatisés comme étant les vrais détenteurs du pouvoir, politique mais aussi économique. En effet, les études scientifiques et techniques se faisant toujours en français, les francophones ont donc un accès plus facile aux professions de pointe, les arabisants étant confinés dans les domaines littéraires et les sciences humaines, souvent sans débouchés.
Un autre clivage subsiste : Les arabophones étant plutôt issus de milieux ruraux et les francophones essentiellement citadins, les deux groupes se sont toujours considérés comme des rivaux irréconciliables.
Toutes ces raisons font que tout discours en la matière reste entaché de suspicion et qu’aucun débat sérieux et serein n’a jamais eu lieu sur les langues à utiliser et à enseigner, chaque groupe prétendant défendre l’un l’intérêt national et l’autre sa culture. Ne faudrait-il pas d’abord se mettre d’accord sur ce que doivent être ses deux notions ?
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