La grippe A entre les préoccupations de santé publique et la logique commerciale

Anwar Par: Mohammed Cherkaoui

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Le ministère de la santé marocain a annoncé de façon officielle au début du mois d’octobre qu’en cas de pandémie de grippe H1N1, 9 millions de marocains pourraient être touchés, dont 900 000 nécessiteront une hospitalisation et 30 000 décéderont.

Etant les similitudes environnemtales, sociales et de niveau sanitaire, ces projections statistiques basées sur des modèles mathématiques, peuvent s’appliquer également sur les autres pays du Maghreb. Et si ces chiffres permettent aux départements de la santé de bien préparer leur riposte en termes de mobilisation des ressources humaines, de budgets supplémentaires à allouer, d’infrastructures à déployer, de lits d’hospitalisation à libérer et de services d’urgences à libérer 24H sur 24H, il n’en demeure pas moins qu’une pandémie de grippe « A » constitue un marché juteux pour l’industrie pharmaceutique.

Preuve en est la course effrénée pour se positionner le premier aussi bien sur le marché des médicaments antiviraux, dont ni l’efficacité est prouvée ni les effets secondaires connus, que sur le marché des vaccins. Une autre donne qui renseigne sur la voracité qui prévaut dans la sphère du marché du médicament, est liée au fait que la période de recrudescence de la grippe porcine coïncide avec celle de la grippe saisonnière (octobre-novembre), ce qui a poussé le laboratoire producteur du vaccin antigrippal, à annoncer que son vaccin protégerait également contre la grippe H1N1, ce qui est une aberration qui a été dénoncée par les instances scientifiques.

Par ailleurs, la perspective d’une pandémie de grippe « A » doit être prise au sérieux en tant que préoccupation de santé publique, par l’organisation de sessions de formation des professionnels de la santé pour une prise en charge efficiente des malades et surtout par l’organisation de campagnes de sensibilisation, à large échelle, sur les gestes simples d’hygiène. Car ces mesures se répercuteront positivement sur le plan économique par la réduction de la durée d’hospitalisation des patients et la réduction des jours d’absentéisme au travail ou à l’école.

Mais l’autre revers de la médaille sur le plan commercial, cette fois-ci positif, se rapporte au fait que les grands mastodontes en matière de production de vaccins, peuvent eux aussi montrer leur limite pour répondre à la demande mondiale en vaccins contre la grippe A.

Cette situation, vu l’urgence de la pandémie, casse le monopole et permet à des petites structures de monter au créneau, afin d’assurer une production locale voire régionale de vaccins contre la grippe porcine, comme c’est le cas du projet tunisien. Cela pourra ainsi inaugurer une nouvelle ère d’indépendance vis-à-vis des gros producteurs de médicaments et de vaccins.

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